National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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| 0064 |
Cinq Cents Contes et Apologues : vol.3 |
Citation Information
OCR Text
sa femme concurent donc le désir de changer de vie et
demandèrent au frère aîné de se séparer de lui. Le frère
aîné dit à son cadet : « Ne vous souvenez-vous pas de ce
que notre père nous a dit lorsqu'il était près de mourir ? »
Cependant le frère cadet ne changea pas d'opinion et
répéta plusieurs fois sa demande de se séparer de lui.
Voyant que la résolution de son frère était bien arrêtée,
le frère aîné consentit à la séparation. Ils divisèrent donc
par moitié tout ce qu'ils possédaient.
Comme le frère cadet et sa femme étaient jeunes, se
livraient aux plaisirs et faisaient des dépenses exagérées,
avant qu'il fût peu de temps, ils devinrent pauvres et furent
réduits à la misère. Le frère cadet vint alors demander de
l'argent à son frère aîné qui lui donna cent mille pièces de
monnaie. Peu après être parti en emportant cette somme,
le frère cadet eut de nouveau tout dépensé et revint ainsi
par six fois, et chaque fois son frère aîné lui donna cent
mille pièces de monnaie. Mais, à la septième fois, le frère
aîné lui adressa des remontrances en lui disant : « Vous
n'avez pas tenu compte des paroles que notre père a pro-
noncées au moment de mourir et vous avez demandé à
vous séparer de moi. Cependant vous n'avez pas été capa-
ble de vous donner la peine de gagner votre vie et vous
êtes venu à maintes reprises m'adresser des demandes.
Maintenant je vous donne encore cent mille pièces de
monnaie, mais, à l'avenir, si vous ne réussissez pas dans
vos affaires et si vous venez encore vous adresser à moi,
je ne vous donnerai plus rien. »
Après avoir essuyé ces sévères paroles, le frère cadet et
sa femme firent tous leurs efforts pour gagner leur vie et
petit à petit ils devinrent riches. Le frère aîné au contraire
perdit sa fortune et devint graduellement pauvre. Il vint
alors implorer son frère cadet ; mais celui-ci refusa même
de lui donner à manger et lui tint ce langage : « Je croyais,
mon frère aîné, que vous étiez toujours riche ; êtes-vous
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