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0098 Cinq Cents Contes et Apologues : vol.3
Cinq Cents Contes et Apologues : vol.3 / Page 98 (Color Image)

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doi: 10.20676/00000294
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montagne, et, quand ils sont arrivés à la troisième grotte, ils
y aperçoivent à leur grande stupéfaction, le bhiksu qui naguère
allumait du feu. Ils s'expliquent la chose en se disant qu'un
homme doué de tant de vertu ne doit pas avoir eu de peine à
venir dans la grotte avant eux. Il leur reste cependant quelques
doutes et c'est pourquoi un des bhiksus demande : « O vénérable,
comment se fait-il que, doué comme vous l'êtes d'une presti-
gieuse vertu, vous allumiez vous-même le feu ? » Tche-ye-to
répond : « Je songe aux tourments que j'ai endurés autrefois
dans le samsâra des naissances et des morts ; si ma tête, ma
mains et mes pieds ont pu être consumés dans ces tourments,
ils peuvent donc aussi servir à être consumés dans le feu allumé
pour le bénéfice de l'assemblée des religieux ; à combien plus
forte raison peuvent-ils servir à allumer simplement le bois
mort destiné à ce même feu. » Le second bhiksu demande alors
qu'on lui explique ce que c'est que les tourments du samsâra des
naissances et des morts dans les existences passées. Tche-ye-to
répond : « Dans ma cinq centième naissance antérieure j'étais né
dans la condition de chien et je souffrais toujours de la faim et
de la soif ; je ne pus me rassasier qu'en deux occasions ; la pre-
mière, ce fut lorsque je rencontrai sur le sol le vin rejeté par un
homme ivre ; je pus m'en repaître avec joie ; dans la seconde
occasion, je rencontrai un homme et sa femme qui travaillaient
ensemble pour gagner leur vie ; le mari étant allé aux champs,
sa femme resta pour préparer le repas ; mais elle s'absenta un
instant pour quelque affaire et moi aussitôt j'entrai pour voler
la nourriture ; il se trouva que l'orifice du vase contenant ces
aliments était étroite ; quoique j'eusse pu d'abord y engager ma
tête, il me fut difficile ensuite de l'en retirer. Quoique je me
fusse rassasié, j'en endurai de grandes douleurs, car le mari
revint des champs et coupa ma tête qui était restée engagée
dans le goulot. » Quand les deux bhiksus eurent entendu cette
explication de la Loi, ils prirent en horreur le samsâra des nais-
sances et des morts et devinrent srotâpannas.