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0208 Cinq Cents Contes et Apologues : vol.3
Cinq Cents Contes et Apologues : vol.3 / Page 208 (Color Image)

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doi: 10.20676/00000294
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tretenir des relations avec lui, car on craignait d'être mis en
péril et d'être tué; aussi tout le monde le tenait-il à distance.

Quand il se mit à chercher une femme pour son fils,
personne ne voulut lui donner (sa fille), car les gens s'aver-
tissaient l'un l'autre disant: « Cet empoisonneur est le plus
haïssable des hommes; il ne se conforme pas à la justice
et à la raison et il désire faire perdre la vie aux autres.
Si nous nous allions à lui par mariage, comme il ne sait
plus sur qui pratiquer ses empoisonnements, c'est nous
qu'il viendra donc mettre en péril. C'est pourquoi tenons-
nous éloignés de lui comme nous nous écarterions de
brigands redoutables. Encore quand les brigands se bat-
tent avec nous, on s'applique réciproquement des coups
de poing et il y a un vainqueur et un vaincu; tandis qu'un
empoisonneur nous donne silencieusement (son poison)
et brusquement nous sommes en proie à ce mal sans que
notre vie puisse être sauvée. » Ainsi tous se faisaient sa-
voir cela l'un à l'autre et s'éloignaient de cet homme pour
n'avoir aucun rapport avec lui.

Cet homme se trouva dans un embarras extrême; il
avait cherché partout une femme pour son fils, mais nul
n'avait voulu lui en fournir une; il se rendit donc à plus
de mille li de là dans un royaume étranger afin de deman-
der une femme pour son fils; comme il était riche et
qu'en outre il occupait une haute situation, alors que le
père de la future jeune femme était pauvre et qu'en outre
il était dans une humble condition, celui-ci, par avidité, lui
donna sa fille, comme s'il n'eût pas été un empoisonneur;
(l'empoisonneur) lui donna des richesses en quantité plus
considérable (qu'il n'était tenu de le faire); puis il vint
chercher la femme; quand celle-ci fut dans sa nouvelle
famille, elle accomplit les rites en observant toujours
toutes les cérémonies; elle ne manquait point aux obli-
gations d'une épouse, et, tant dans la maison qu'au dehors,
observait son devoir.