National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books

> > > >
Color New!IIIF Color HighRes Gray HighRes PDF   Japanese English
0236 Cinq Cents Contes et Apologues : vol.3
Cinq Cents Contes et Apologues : vol.3 / Page 236 (Color Image)

New!Citation Information

doi: 10.20676/00000294
Citation Format: Chicago | APA | Harvard | IEEE

OCR Text

il lui fallait faire des offrandes considérables aux çrama-
nas. Dans le royaume des Yue-tche (Indoscythes) il y avait
beaucoup de çramanas ; cette femme nourrit journelle-
ment de trois à cinq cents d'entre eux ; elle leur versait à
boire de sa propre main et ne chargeait personne d'autre
de les recevoir ; quand ils avaient fini de manger, elle
balayait de ses propres mains le sol. Les servantes de cette
femme, qui étaient dans sa demeure, conçurent toutes de
bons sentiments et dirent : « Cette femme est une fille de
roi ; or, depuis qu'elle est venue ici, elle balaie constam-
ment et elle fait des offrandes aux çramanas ; il nous faut,
nous aussi, nous appliquer à cette tâche. » Les servantes
donc cachèrent le balai, dans l'intention de balayer elles-
mêmes le sol ; quand leur maîtresse chercha le balai, il
lui fut impossible de savoir où il se trouvait ; elle prit alors
dans un coffre le vêtement qu'elle portait lors de sa venue
dans ce pays, le roula et s'en servit pour balayer le sol.
En la voyant balayer le sol avec un vêtement neuf, son
mari lui dit : « Quoique vous honoriez la religion boud-
dhique, qu'est-il besoin de vous servir d'un vêtement neuf
pour balayer le sol ? il vous faut aller quérir un balai. » Sa
femme lui répondit : « C'est uniquement parce que j'ai eu
pendant deux ans des sentiments affectueux à l'égard d'un
çramana que j'ai obtenu ce vêtement ; puisque c'est préci-
sément avec ce vêtement que je balaie, pourquoi trouve-
riez-vous cela mauvais ? Dans mon existence antérieure
je n'avais rien dont je pusse me servir pour faire des libé-
ralités ; j'avais seulement des sentiments affectueux et je
croyais à la loi bouddhique ; c'est pourquoi j'obtins le
bonheur présent. D'ailleurs, ce n'est pas en travaillant
pour gagner ma vie que j'ai acquis ce vêtement. » Le mari
dit à sa femme : « Bien que vous croyiez à la loi boud-
dhique et que vous fassiez des offrandes aux çramanas, je
n'ai jamais vu aucun çramana vous donner ne fût-ce qu'une
ou deux pièces de monnaie ; vos vêtements vous ont tous