National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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| 0351 |
Cinq Cents Contes et Apologues : vol.3 |
Citation Information
OCR Text
cin. » K'i-yu (Jivaka) insista : « Allez dire à la femme de
votre maître qu'elle me permette seulement de la soigner;
si elle guérit, elle me donnera ce qu'elle voudra. » Quand
le portier eut rapporté ces paroles, la femme songea
que, s'il en était ainsi, elle ne risquait rien ; elle ordonna
donc au portier de le faire entrer. K'i-yu (Jivaka), s'étant
rendu auprès de la femme du notable, lui demanda quelles
étaient ses souffrances ; elle répondit qu'elle souffrait de
telle et telle manière. « Comment, reprit-il, a commencé
votre maladie ? — Elle a commencé dans telles et telles
circonstances. — Votre maladie est-elle ancienne ou
récente ? — Elle date de telle époque ». Après toutes
ces questions, K'i-yu (Jivaka) déclara : « Je puis vous soi-
gner. » Il prit alors un bon remède qu'il fit frire dans du
beurre, puis il le versa dans le nez de la femme ; le beurre
ressortit avec de la salive par la bouche de la malade; celle-
ci reçut le tout dans un vase et recueillit le beurre en le
séparant de la salive qu'elle rejeta. En la voyant agir ainsi,
K'i-yu (Jivaka) se sentit pénétré de tristesse, car il se di-
sait : « Si elle se montre économe à ce point pour un peu
de beurre malpropre, que sera-ce quand il s'agira de me
récompenser ! » La malade s'aperçut de ses préoccupa-
tions et lui demanda : « Êtes-vous affligé ? » Sur sa ré-
ponse affirmative, elle lui demanda la cause de son afflic-
tion. « Je pensais dit-il, que si vous êtes économe à ce
point quand il s'agit d'un peu de beurre malpropre, ce
serait bien pire quand il s'agirait de me récompenser;
voilà pourquoi je m'attriste. » La femme répliqua :
« Diriger un ménage n'est pas chose facile ; quelle uti-
lité y avait-il à jeter ce beurre qui peut encore servir
à allumer la lampe ? Je l'ai donc recueilli. Quant à
vous, occupez-vous seulement de soigner ma maladie ;
à quoi bon vous affliger ainsi ? » Il la traita donc et, par
la suite, elle guérit de sa maladie ; alors cette femme du
notable lui donna quatre cent mille onces d'or, ainsi que
III 22
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