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0386 Cinq Cents Contes et Apologues : vol.3
Cinq Cents Contes et Apologues : vol.3 / Page 386 (Color Image)

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doi: 10.20676/00000294
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tentures ; vous buvez et mangez des aliments doux et ex-
quis et vous avez tout ce que désire votre bouche ; or, dans
la montagne, votre couche sera faite de pousses de plantes,
votre nourriture consistera en fruits ; comment pourriez-
vous vous y plaire ? En outre, il y a fréquemment là du
vent, de la pluie, des coups de tonnerre, des éclairs, des
brouillards, de la rosée, qui font se hérisser le poil des
hommes ; quand il y fait froid, le froid est extrême ; quand
il y fait chaud, la chaleur est intense ; parmi les arbres on
ne saurait trouver un abri où s'arrêter. Ajoutez que le sol
est couvert de chardons, de cailloux aigus et d'insectes
venimeux ; comment pourriez-vous supporter tout cela ? »
Man-tch'e (Madrî) dit : « A quoi me servent les étoffes fines
et souples, les tentures, les boissons et les aliments doux
et exquis, si je dois être séparée de vous, ô prince ? Je ne
pourrai jamais m'éloigner de vous. Dans les circonstances
présentes, je dois partir avec vous. Le roi a pour insigne
son étendard ; le feu a pour insigne sa fumée ; une épouse
a pour insigne son mari. C'est sur vous seul que je m'appuie ;
vous êtes pour moi le Ciel. Au temps où vous étiez dans
le royaume occupé à faire des libéralités aux gens venus
des quatre directions de l'espace, je participais avec vous
à cette œuvre charitable ; maintenant, quand vous serez
parti au loin, si un homme vient me demander l'aumône,
que pourraî-je lui répondre ? Au moment où j'apprendrais
que des gens sont venus pour vous implorer, j'en mour-
rais sans doute d'émotion. » Le prince héritier lui dit :
« Je me plais à faire des libéralités et à ne pas m'opposer
aux désirs qui me sont exprimés ; si quelqu'un vient me
demander mon fils et exiger ma fille, je ne pourrai me dis-
penser de les donner. Si vous n'approuvez pas mes paroles,
vous troublerez mes sentiments excellents ; mieux vaut
alors que vous ne partiez pas. » Man-tch'e (Madrî) répliqua :
« Je consens à approuver sans regret toutes les libéralités
qu'il vous plaira de faire ; il n'y eut jamais personne dans