National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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| 0139 |
Cinq Cents Contes et Apologues : vol.4 |
Citation Information
OCR Text
ne songez pas au service que je vous ai rendu — et vous violez
vous-même l'engagement solennel que vous aviez prononcé. — Si
vous pouvez être quelque peu généreux envers moi, — et si je
suis de votre part l'objet de quelque bienveillance, — jusqu'à la
fin de mes jours je ne regretterai jamais (de vous avoir aidé) —
et je ne me permettrai point de vous critiquer.»
En définitive cependant, le roi-lion ne reconnut pas le service
qui lui avait été rendu; il laissa là le petit oiseau et s'en alla. Le
petit oiseau des arbres songea : «Je lui ai rendu un service d'une
extrême importance et voici qu'au contraire il me traite avec
mépris; je veux maintenant suivre par derrière et épier avec soin
le lion; si je ne parviens pas à me venger, je ne veux plus vivre
dans ce monde.» Ainsi, de lieu en lieu et de place en place, il ne
s'écartait plus de lui. Une fois encore le roi-lion fit un grand
carnage d'animaux et se mit à dévorer goulûment; quand il fut
rassasié, il s'endormit, car il (croyait) n'avoir rien à craindre.
Alors le petit oiseau des arbres accourut en volant auprès du lion,
se percha sur son front et, de toute sa force, lui creva un œil à
coups de bec. Le lion se dressa terrifié en regardant à gauche et
à droite, mais il ne vit aucun animal, sinon le petit oiseau des
arbres qui était seul sur un arbre. Le roi-lion lui demanda :
«Pour quelle raison maintenant m'avez-vous crevé un œil?» Le
petit oiseau des arbres répondit alors par ces gâthâs au roi-
lion :
«Le service important que je vous avais rendu, vous n'avez pas
su le reconnaître, — mais au contraire vous avez conçu des senti-
ments de haine; — maintenant, en vous laissant un œil, — je
vous ai fait un bienfait qu'on ne saurait oublier. — Quoique vous
soyez un roi parmi les animaux, — dans vos actions vous ne
deviez pas vous parjurer. — Qu'à partir de maintenant chacun
de nous reste tranquille — et qu'aucun de nous n'ait de cause de
ressentiment contre l'autre.»
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