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0019 La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 / Page 19 (Grayscale High Resolution Image)

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doi: 10.20676/00000237
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derniers venus devront montrer les dents, profiter des mésintelligences qui déjà se sont glissées
entre les premiers occupants, se coaliser avec certains d'entre eux pour en expulser d'autres,
aller même à l'occasion jusqu'à chercher des alliés chez les pré-aryens dépossédés. On sait que
le Rig-Véda nous a conservé l'écho de ces dissensions et de ces luttes fratricides (17). Enfin, quand
le Pañjâb sera, si l'on peut ainsi dire, parvenu à son point de saturation, le courant devra se ralen-
tir devant la résistance accumulée du milieu, et le temps des immigrations en masse sera passé.
Nous assisterons bien encore à maintes expéditions de conquête, et même à quelques essais de
pénétration tribale de la part des Çakas, des Huns Hephtalites ou des Turcs : mais toutes ces
incursions seront vite freinées et tous ces immigrants absorbés par les multitudes indiennes.
Ce que l'invasion des Aryens a eu de spécial, ce n'est ni sa composition ni son mode de propa-
gation : sa chance fut d'être survenue ên un temps où, à condition de jouer vigoureusement des
coudes, l'Inde — du moins celle du Nord-Ouest — était restée, ou était redevenue, ce qu'on appelle
une colonie de peuplement ; et c'est pourquoi, ne craignons pas de le répéter, le Pañjâb tout entier,
jusqu'aux abords du bassin du Gange, a été foncièrement aryanisé.

Les voies de pénétration. — Historiens et philologues se plaisent à marquer les étapes
successives de la colonisation aryenne, d'abord à dose massive dans le Pays des Cinq, ou plutôt
des Sept Rivières (les Hapta-hindu de l'Avesta et les Sapta sindhavas du Véda), puis en dilution
de plus en plus atténuée dans le Brahmarshi-déça (le do-âb entre la Yamunâ et la Gañgâ), au
Kosala-Vidéha (Aoudh et Tirhut), au Magadha (Bihar) et ainsi dans tout l'Âryâvarta ou Hindûstân
proprement dit, entre les deux chaînes opposées de l'Himâlaya et des Vindhyas; mais jusqu'à
présent les manuels ne font qu'un saut de la Bactriane à l'Indus. Notre devoir est d'entrer ici dans
plus de détails, ne serait-ce que pour parer d'avance à une objection grave. Assurément, le lecteur
devine déjà qu'à partir du Kapiça (première halte), les Aryens ont suivi la vieille route qui nous
est devenue familière jusqu'à l'oasis de Jelâlâbâd (deuxième halte), et de là jusqu'au Gandhâra
(troisième halte), d'où il leur a été loisible de se répandre par delà le grand fleuve, traversant suc-
cessivement chacun de ses cinq affluents de gauche et annexant l'un après l'autre chacun des
territoires « entre deux-eaux ». Mais ne croyons pas nous tirer d'affaire à si bon marché ; car on ne
manquera pas de nous demander comment le maigre débit d'une unique route de montagnes a pu
suffire à déverser (et encore par saccades spasmodiques) un courant capable de submerger les
innombrables kilomètres carrés du Pañjâb et d'imprégner le reste de la péninsule : un tel afflux
de population, même en tenant le plus grand compte de sa multiplication sur place, a dû origi-
nairement emprunter plus d'un chenal. Or, nous croyons en effet en lire la preuve aussi bien sur
la face du terrain que dans les textes du Véda, et les notions géographiques dont témoignent ces
derniers auront d'autant plus de poids qu'elles enfonceront une porte déjà ouverte.

Tout d'abord, c'est le moment de nous rappeler qu'au Kapiça deux routes s'ouvraient devant
les immigrants aryens. Qu'ils aient pris dès l'abord, comme nous venons de le penser, la plus
fréquentée et la plus directe, c'est ce que confirme la mention védique de la Kubhâ (c'est-à-dire
de la rivière dite de Kâbul, mais en qui nous avons ci-dessus (p. 52) reconnu la continuation du
Ghorband), de son affluent le Suvastu (Svât) et du pays où ils confluent, à savoir le Gandhâra.
Mais un autre chemin s'offrait aux gens moins pressés d'arriver ou désireux de se ménager un
débouché moins encombré sur la terre promise. Nous voulons parler de la grande artère qui a
de tout temps relié le Kapiça à l'Arachôsie et de laquelle bifurquent nombre d'embranchements
en direction du Pañjâb. Les principaux d'entre eux empruntent pour atteindre l'Indus les vallées
de ses deux autres grands tributaires de droite, le Kurram et le Gômal (cf. la carte de la fig. 4).

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