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0068 La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 / Page 68 (Grayscale High Resolution Image)

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doi: 10.20676/00000237
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réunir les bêtes de somme et les provisions nécessaires pour lui et ses cent hommes d'escorte.
Enfin, selon le rite accoutumé, le roi lui fait, le jour de son départ, un bout de conduite : ils couvrent
de compagnie la distance d'un yojana en marchant vers le Nord-Est, jusqu'à K'iu-lou-sa-pang,
localité qui, si tout ce qui précède est exact, serait à chercher aux abords de Paghmân : et là, comme
il n'est si bons amis qui ne se quittent, ils se séparent pour de bon. Le monarque poursuit vraisem-
blablement sa route vers l'Est, c'est-à-dire vers le vieux Kâbul, où l'appellent ses affaires et où
son compagnon, trop pressé par le temps, a décliné de l'accompagner. Le pèlerin se hâte de prendre
« la direction du Nord » et (interviennent ici les Mémoires) « il franchit des montagnes, passa des
rivières et traversa plusieurs dizaines de petites villes situées sur les frontières du royaume de
Kapiça ». Traduite en termes contemporains, cette phrase signifie qu'il suivit par monts et par
vaux le sentier fort accidenté qui longe toujours le pied oriental de la chaîne de Paghmân, puis
le versant Sud de l'Hindûkush (cf. fig. 7), et qui traverse, en effet, de nombreux bourgs dont les
plus importants sont aujourd'hui Istâlif, Istarghij, Opîân, Tutam-Darrah (où il franchit le Ghorband),
Parvân (où il franchit le Salang), Gul-behar (où il franchit le Pañjshîr), pour ne rien dire des villages
semés le long de cette dernière rivière. Bref, Hiuan-tsang se borne à signaler en cet endroit (livre XII)
son passage sur la lisière occidentale et septentrionale d'un pays qu'il estime avoir suffisamment
décrit à la fin de son livre I. Bientôt, comme il était inévitable, il se trouve confronté par une passe
particulièrement haute et difficile à laquelle il donne le nom de P'o-lo-si-na, évocateur de la Parsiana
de Ptolémée. Marquart y a ingénieusement reconnu le pehlvi Apârsên, lequel correspond lui-même
à l'avestique Upari-saena, que l'on a proposé de traduire « au-dessus des aigles » : de fait, c'est à
ce propos que Hiuan-tsang consigne sur ses tablettes la fable à laquelle nous avons déjà fait allusion
plus haut (p. 17) et qui veut que l'Hindûkush soit infranchissable en vol pour les oiseaux (31).
L'indication qu'il redescendit du sommet en direction du « Nord-Ouest », invite à identifier de
préférence ce col avec celui de Khâvak (cf. supra, p. 20) : de toute façon la descente le conduisit
dans la vallée de l'Andar-âb. Il se retrouvait là sur des terres dépendant d'une autre vieille connais-
sance à lui, celle-ci fort peu recommandable, le vice-roi turc de Kunduz : mais les nécessités du
voyage enseignent la tolérance et Hiuan-tsang jugea prudent de rendre visite à cet usurpateur
parricide et incestueux. Pour gagner la capitale du Houo il passa, marchant toujours « au Nord-
Ouest », par le pays de K'ouo-si-to, c'est-à-dire de Khost (32). Il fut fort bien reçu, gardé tout un
mois, et renvoyé avec une nouvelle escorte par le chemin que devait également prendre Marco
Polo et où nous n'avons pas à le suivre, à travers le Badakhshân, le Wakhân et les Pâmirs.

LA RÉGION INDO-IRANIENNE AU MILIEU DU VIIe SIÈCLE. — Si nous avons débrouillé en quel-
que mesure l'itinéraire du pèlerin à travers l'Afghânistân, tant au retour qu'à l'aller, la raison
de cette menue réussite est évidente. Il nous a suffi de suivre pas à pas nos sources au lieu de leur
dicter d'avance leur leçon et de décider, a priori, que le dit itinéraire devrait obligatoirement passer
par Kâbul et Ghazni. Soit dit une dernière fois, il peut paraître choquant que Hiuan-tsang, après
Alexandre, se soit justement dispensé de visiter les deux villes afghanes que nous connaissons le
mieux : mais on conviendra qu'il est trop tard pour y rien changer. Si, à présent, sur le canevas
ainsi établi, nous reportons les données éparses dans la Biographie et les Mémoires, nous obtenons
en récompense de notre docilité un tableau cohérent, en dépit de quelques lacunes, de l'état poli-
tique de la région entre Inde et Irân en 642 de notre ère, et tout d'abord de la dizaine de royaumes
que le roi de Kapiça avait réunis sous son sceptre. Ceux-ci n'embrassaient pas seulement tout le
bassin de la rivière de Kâbul, de l'Hindûkush à l'Indus : ils s'étendaient encore, nous l'avons vu,
sur la rive droite du grand fleuve jusqu'aux frontières du Sindh et comprenaient, outre le district