National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
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ramenés à l'impuissance par leur anarchie congénitale, ce seront des Turcs et des Afghans isla-
misés-et iranisés qui finiront par ranger politiquement l'Inde sous la loi du Prophète; et il a natu-
rellement fallu patienter tout le temps nécessaire pour convertir, recruter et organiser ces troupes
fraîches avant de lancer la seconde vague d'invasion. Reconnaissons-le d'ailleurs : dès que la
résistance du Nord-Ouest, la région de tout temps la plus martiale de l'Hindûstân, aura été péni-
blement brisée, le reste de la conquête progressera aussi rapidement qu'aux premiers temps de
l'Islam. Plus de cinq siècles s'écouleront avant que le lieutenant de l'Afghan Mohammed de Ghôr,
Qu|b-ud-dîn, devienne le premier sultan de Delhi (1206) : mais cent ans plus tard Alâ-ud-dîn
Khilji pourra se proclamer le maître — éphémère — de toute la péninsule.
Tournons-nous à présent vers le volet oriental du triptyque. Tandis que les Arabes ne
faisaient ainsi qu'une bouchée de l'Asie antérieure, la Chine des T'ang, reprenant non moins
rapidement son ascendant sur les tribus nomades de l'Asie centrale, annexait de son côté le ter-
ritoire des T'ou-kiue septentrionaux dès 630 et, en 659, celui des T'ou-kiue occidentaux. Ainsi
s'explique le fait, au moins inattendu, que, depuis le milieu du VIIe siècle, son intervention va se
heurter à celle des Arabes dans les affaires du Nord-Ouest de l'Inde, depuis Bokhârâ jusqu'au
Kaçmîr. Ne nous laissons pas trop fortement impressionner par ce soudain déploiement de puis-
sance. Rien mieux que ces théoriques annexions ne permet de se rendre compte à quel point les
immenses empires établis par les Nomades n'étaient qu'une fiction politique. Bien entendu, les
bureaucrates chinois se mettent aussitôt en devoir de dresser un magnifique inventaire des nou-
velles provinces, divisées entre deux protectorats et classées par gouvernements, eux-mêmes
subdivisés en arrondissements et en commandements militaires : chef-d'œuvre administratif
infiniment précieux pour la géographie historique et où fort heureusement figurent à leur place
les seize gouvernements compris entre l'Oxus et l'Indus (3). Aussi sommes-nous bien loin de
dire que ce tableau, et les nombreuses pièces de chancellerie qui le corroborent valent tout juste
le papier sur lequel ils avaient été écrits (ce papier dont les prisonniers chinois ramenés par les
Arabes à Samarkand allaient bientôt répandre l'usage jusqu'en Europe) : mais qu'ils aient jamais
eu une réelle valeur pratique, c'est ce qu'il paraît impossible d'admettre. Tandis que la conquête
de la Perse, de la Syrie et de l'Égypte a fourni aux Arabes la substance même de leur brève puis-
sance et de leur civilisation composite, la prodigieuse hypertrophie de la Chine des T'ang dans les
pays d'Occident éclatera comme une bulle de savon, sans laisser de traces profondes.
Aussi, tandis que les deux scènes latérales subissent, en réalité ou en apparence, de rapides
transformations, la partie centrale, objet particulier de notre étude, ne se modifie qu'avec lenteur.
Au bord de l'Oxus, l'avance arabe, arrêtée par la querelle entre les partisans d'Ali et ceux de
Moâviya (657-661), s'interrompt pour un demi-siècle. Elle ne reprendra sérieusement qu'à partir
de 705 avec les conquêtes du général Qutaiba. Mais alors c'est en vain que les princes régnants
invoquent le secours de leur trop lointain suzerain chinois : du fond de sa capitale de Tch'ang-ngan
(Si-ngan-fou), celui-ci s'inquiète moins du péril arabe que du péril tibétain, beaucoup plus proche
de lui (car à ce moment les Tibétains aussi entrent dans la danse); et, après le Khorâsân, la Tran-
soxiane deviendra l'un des boulevards de l'Islamisme. Vers le même temps, dans toute la région
qui s'étend entre le Sud de l'Afghânistân et la mer, se déroulent des événements tout à fait parallèles.
Après une série de raids désordonnés dans le Séistân, l'Arachôsie, le Kaikânân, le Belûchistân et
le Makrân, l'ardeur des Arabes semble considérablement refroidie, et à juste titre, tant par des
échecs cuisants que par la désolante aridité de ces derniers pays. C'est seulement en 712,
alors que Qutaiba s'avançait jusqu'au Kharizm et Târik jusqu'en Espagne, qu'un jeune chef
de moins de vingt ans, Mohamed Kâsim, refait au rebours d'Alexandre, mais dans le même style,
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