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0078 La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 / Page 78 (Grayscale High Resolution Image)

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doi: 10.20676/00000237
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un petit mandarin nommé Wou-k'ong fut adjoint à l'escorte chargée de reconduire dans son pays
un ambassadeur du Kapiça. A la vérité la mission ne s'aventura pas en Transoxiane et se résigna
à prendre la difficile route de montagne déjà suivie par Fa-hien entre Khotân et le Gandhâra :
mais nous constatons qu'arrivé dans ce dernier pays Wou-k'ong a tout loisir de tomber malade,
de se rétablir, de se faire moine bouddhique, de visiter les principales places de pèlerinage de l'Inde
et, quarante ans plus tard, de revenir par terre dans son pays natal. Au Kapiça, où le roi turc
prétend toujours « descendre de la postérité de Kanishka » et au Gandhâra, où ce roi continue à
avoir sa résidence d'hiver, le pèlerin « circule en adorant les saints vestiges » : et partout il nous
montre les membres de la famille royale, roi, reine, dauphin et, à leur exemple, les ministres et les
généraux, tous fort occupés tantôt à réparer les ruines laissées par les Hephtalites et dont, 130 ans
plus tôt, la vue avait si fort affligé Hiuan-tsang, tantôt à créer selon leur propre nom des fondations
religieuses nouvelles. Le zèle des dévots donateurs s'étend même jusqu'au Kaçmir où venait de
s'achever le long règne glorieux de Lalitâditya, aidé de son ingénieux ministre le Tokhârien Çañkuna
et de hauts dignitaires en partie recrutés chez les « Çâhis », c'est-à-dire parmi l'aristocratie irano-
turque du royaume voisin (6). C'est là du moins ce que nous rapporte l'historien-poète Kalhaṇa :
car désormais sa Râjataraṅgiṇî ou Chronique royale du Kaçmir vient utilement compléter les
renseignements de source arabe et chinoise pour nous aider à suivre les destinées de la dynastie
qu'Al-bîrûni continuera à regarder jusqu'au bout comme la lignée de Kanishka. Trois ou quatre
des courtes générations indiennes se passeront encore sans qu'on nous signale aucun événement
sensationnel : mais soudain l'entreprenante énergie d'un ancien chaudronnier du Séistân, Ya'qûb-
ben-Laïth, précipite les événements. Devenu gouverneur du Khorâsân, il annexe définitivement
à l'Islam en l'an 870-1 non seulement Bâmyân et Kâbul, mais encore le Zâbulistân et l'Ar-Rukkhâj,
c'est-à-dire l'Arachôsie. En d'autre termes il force à se joindre les deux pinces de la tenaille dont
nous parlions tout à l'heure et ferme la boucle du chemin circulaire qui, après avoir réuni les deux
capitales orientales du Khorâsân, Hérât et Balkh, ramène à Hérât à travers l'Afghânistân oriental
et le Séistân. Sans doute il ne s'était ouvert qu'un étroit passage entre les marches indiennes et
l'îlot d'« infidèles » que va, pour longtemps, constituer le centre du massif afghan : mais la prise de
possession de ce simple couloir n'en constituait pas moins un pas décisif vers la conquête ultérieure,
par pénétration plus ou moins pacifique, de toute la région montagneuse; et ce qui importait
pour l'instant à Ya'qûb-ben-Laïth était d'assurer ses communications à travers les montagnes qui
coupaient en deux ses provinces. Pour nous, ce qui nous intéresse et nous surprend le plus dans
cette affaire, c'est le changement de tracé, aussi brusque que durable, que subit la vieille route.
A vrai dire, du côté du Nord, elle est restée fidèle à Bâmyân, et au Sud-Ouest, elle aboutit toujours
au bac de Bust (Qaleh-é-Bist) sur l'Hélmand : mais il n'est plus question pour elle de traverser,
comme au temps de Hiuan-tsang, le pays de Jâguḍa. Evidemment l'Hazârajât et la vallée de
l'Arghand-âb ont paru aux envahisseurs morceaux trop coriaces pour être avalés du premier coup.
Leur flot a préféré s'écouler vers le Sud par la ligne de moindre résistance et emprunter la voie
parallèle, mais moins défendable et sans doute moins vigoureusement défendue parce que moins
peuplée et moins riche, qui suit d'abord la rivière de Ghazni, puis celle du Tarnak. Vous recon-
naissez immédiatement dans ce nouvel itinéraire celui qui est resté en usage jusqu'à nos jours,
au point de faire oublier l'autre (cf. la carte de la fig. 4). Trois villes le jalonnent dont les noms vont
prendre désormais dans l'histoire une importance croissante, Kâbul, Ghazni et Kandahâr. La
première seule a droit ici à notre considération; les deux autres devront se contenter d'une note
à l'index.
L'insistance avec laquelle tous les auteurs musulmans localisent les Shâhis turcs à Kâbul