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『東洋文庫所蔵』貴重書デジタルアーカイブ

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0094 La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2
インドからバクトリアのタキシラに到る古道 : vol.2
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 / 94 ページ(白黒高解像度画像)

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doi: 10.20676/00000237
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assez d'importance — les premières images certaines et datées d'une grande divinité hindoue.
Or ce prototype, originaire par définition du Nord-Ouest, s'est imposé à toute l'iconographie
postérieure. Il nous montre déjà Çiva brandissant son attribut caractéristique, le trident (tri-çûla),
et adossé à son fidèle taureau, selon le type qui, repris par Vâsudéva, persistera jusque sous les
Kushâno-Sassanides. Les monnaies intermédiaires de Kanishka et de Huvishka omettent de
figurer le vahana du dieu : mais en revanche elles prêtent à celui-ci, outre un ityphallisme parfois
très accusé, trois visages et quatre bras. Devenus par là même plus nombreux, les attributs n'en
sont pas moins parlants. Le fer de hache (paraçu) qui parfois s'ajoute au trident, le lasso (pâça), le
foudre (vajra) emprunté à Indra, occasionnellement le disque (çakra) et la massue (gadâ) qu'em-
pruntera à son tour Vishnu, sont autant de symboles de sa redoutable puissance. Le flacon d'am-
broisie qu'il déverse ordinairement de sa première main droite dénote au contraire son infinie
bienfaisance : aussi est-ce justement cet emblème que retiendra la contrefaçon bouddhique de
Çiva, ce Lokéçvara qui sera bientôt non moins populaire dans l'Inde et, plus tard, non moins répandu
jusqu'en Insulinde (cf. infra, p. 287). Quant au damaru ou tambourin en forme de sablier, c'est
l'instrument qu'il lui sert à rythmer non seulement ses propres danses orgiaques, mais encore celles
de ses hordes de démons (gaṇa), de fées (yoginî) et de sorcières (dâkinî). Enfin, sous l'une de ses
mains inférieures se cabre le mouflon de la montagne dont les longues cornes recourbées, magni-
fiques trophées de chasse, devaient jadis orner ses sanctuaires de même qu'ils décorent aujourd'hui
les zyarât et mazâr musulmans. Pour ce qui est enfin du nom que lui donnent les exergues, à savoir
« Oêsho », on doute à qui il s'applique le mieux, de lui ou de son taureau absent : aussi bien, sur
les monnaies de Mihirakula où seul l'animal est représenté, nous ne saurions davantage dire si
la légende Jayatu vrisha, « Vive le taureau ! », se rapporte à lui ou à son divin maître (18).
Nous trouvons donc le culte et l'iconographie de Mahéçvara le Terrible, lequel est le même
que Çiva le Propice, constitués dès le début de notre ère dans les montagnes du Nord-Ouest de
l'Inde. Le témoignage des historiens grecs nous invite à présent à remonter de trois siècles plus
avant dans le passé : car une divinité de cette importance n'a pu rester inaperçue des compagnons
d'Alexandre. Ainsi qu'il était à prévoir, ce qui les a surtout frappés, c'est bien moins l'aspect quasi
olympien qu'elle revêt parfois dans l'esprit et les textes des lettrés que le côté orgiaste de sa nature,
tel qu'il se déployait à tous les yeux au cours de ses fêtes populaires. Nous savons même à peu
près où l'on trouverait, si on pouvait aller la chercher (supra, p. 208), la vallée agreste de Nysa,
gisant au pied du Mont Méros, où, ravis de joie à la vue du lierre et de la vigne grimpant aux arbres,
et se mêlant librement aux danses et beuveries des villageois, les soldats grecs et leur chef crurent
revivre l'enivrant souvenir de leurs propres bacchanales. Non moins prompts à identifier par ana-
logie les divinités indiennes que les troupes de César les gauloises, à ces signes certains et à ces
vagues consonances ils reconnurent Dionysos le Nyséen, né de la cuisse (mêros) de Zeus. Relisez
Arrien et Quinte-Curce : ni l'un ni l'autre, ni à leur suite Strabon, n'essayent de nous cacher que
c'est sur ce fameux incident que repose en définitive l'identification dont les historiens antiques
nous apportent complaisamment l'écho. L'orgueil hellénique fit le reste. Quand le bruit se répandit
dans l'armée que « les Indiens de la montagne adoraient Dionysos », comment les Grecs n'auraient-ils
pas été amenés à considérer ce fait comme un durable souvenir de l'impression laissée par le passage
de ce dieu quand jadis, par une anticipation de l'expédition macédonienne, il avait daigné civiliser
l'Inde en la conquérant ? Et comment à son tour Alexandre, en mal de divinisation, quand en
324, au cours de sa pénible retraite, il eut atteint la fertile et paisible province de Karamanie,
ne se serait-il pas plu à rééditer, pour son prestige personnel et le bénéfice de son armée si durement
éprouvée, la pompe bachique du divin précurseur qu'il s'était découvert ? Nous avons déjà eu