National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
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et nous ne devons pas oublier que la transformation de ce Yaksha en une divinité suzeraine de
tout l'univers sensible est chose faite dans le vieux canon pâli comme sur le jambage droit de la
porte orientale du grand stûpa de Sânchi. Mais le duel qui oppose le Moine-Dieu à l'Esprit-de-Vie,
masque du Démon de la Mort, prend désormais sur les images comme dans les textes une allure
épique, voire cosmogonique; et la grandiose mise en scène de ce combat, dont on feint un instant
de croire l'issue incertaine, entre la solitaire incarnation du Bien et l'armée des puissances du Mal
trahit de façon non douteuse l'influence du vieux dualisme iranien. Est-il besoin de rappeler d'autre
part que le rôle de Māra comme tentateur a été inévitablement rapproché de celui que joue Satan
dans la Bible et les Évangiles, et que sémitisants et indianistes se sont trouvés d'accord pour
reconnaître le prototype de l'un comme de l'autre dans l'Anra Mainyu de l'Avesta, l'Ahriman des
textes mazdéens postérieurs ? Il ne tiendrait même qu'à nous de pousser plus avant ces analogies
et de reconnaître dans le Malin bouddhique le cousin du « Prince de la convoitise et de la séduction »
des Manichéens, lui aussi chef d'une horde d'« archontes » libidineux (1).
Par une de ces contradictions ou, si l'on préfère ainsi dire, de ces contre-courants qu'on a
si souvent l'occasion de relever dans toute évolution religieuse, le second trait le plus frappant du
Mahāyāna, à côté de la déification et de l'idolâtrie du Maître, est le graduel retrait de ce dernier
à l'arrière-plan du culte tant public que privé, dans le superbe isolement de son Nirvāna absolu.
A la figure monacale du Buddha parfaitement accompli, la dévotion active des fidèles tend à
préférer de plus en plus le type laïque du prince charmant qu'il fut au temps de sa jeunesse, alors
qu'il n'était encore qu'un être prédestiné à la Bodhi (Bodhi-sattva). Comme le dira sans ambages
le Kâçyapa-parivarta, « de même qu'on rend plus d'hommages à la nouvelle qu'à la pleine lune, de
même il faut rendre plus d'hommages aux Bodhisattvas qu'aux Tathāgatas. Pourquoi cela ?
Parce que c'est des Bodhisattvas que les Tathāgatas tirent leur origine... » La raison n'est pas sans
réplique; elle a néanmoins suffi pour dévier de façon symptomatique la tardive composition des
premières biographies du Buddha. C'est ainsi, par exemple, que le Lalita-vistara, après avoir pré-
tendu hésiter sur la question de savoir si son héros deviendrait finalement un Empereur ou un
Sauveur du Monde, s'étend complaisamment sur les prodiges de son enfance et même les scènes
de sa voluptueuse jeunesse pour s'arrêter court au seuil de sa carrière enseignante : nous sommes
bien obligés d'admettre que la suite n'intéressait plus autant les lecteurs de l'Inde du Nord.
Les mêmes tendances laïcisantes ne tarderont pas à se marquer dans le développement que
va prendre le culte du Bodhisattva Maitréya. L'idée de la « généalogie » spirituelle des maîtres
qui se passent d'âge en âge le précieux dépôt de la tradition était depuis longtemps naturalisée
dans l'Inde; et les bouddhistes ont eu de bonne heure leurs vaṃça, tout comme les brahmanes ou
les autres sectes rivales. Çākya-muni ne saurait donc être le premier de sa lignée, et c'est pourquoi
six Buddhas du passé ont été de bonne heure associés à son culte; il ne saurait davantage en être
le dernier, et c'est pourquoi son successeur doit déjà s'apprêter à prendre sa suite et à renouer le
fil rompu de la prédication de la Bonne-Loi. Où ce dernier pourrait-il mieux attendre son tour
que dans le paradis où résidait jadis son prédécesseur immédiat, au quatrième étage des cieux;
celui des dieux «Satisfaits» (Tushita)? Tout ce mythe était déjà courant dans la vieille Communauté,
la nouveauté qu'y introduit le Nord-Ouest est d'abord dans le cérémonial qu'il imagine à l'occasion
de la passation des pouvoirs. Il ne suffit plus que Maitréya ait, comme de règle, reçu des Buddhas
antérieurs la prédiction de sa future grandeur. Le Lalita-vistara veut à présent que le Bodhisattva
Çvêtakêtu, avant de descendre une dernière fois sur la terre pour y devenir le Buddha Çākya-
muni, ait sacré de sa main son héritier présomptif et « qu'ôtant de sa tête son diadème il en ait
couronné Maitréya ». On a depuis longtemps noté que ce geste n'avait rien d'indien; et, de fait,
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