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Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
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tion, des deux grandes religions qui allaient se partager l'Ancien monde, nous paraît attester que
les cercles où ils ont été rédigés n'étaient pas seulement foncièrement différents, mais encore
totalement étrangers l'un à l'autre, bien qu'entr'ouverts tous les deux aux influences de l'Irân.
Tout compte fait, il ne reste qu'un bref chapitre du Lalita-vistara qui rende une résonance plus
judéo-chrétienne qu'indienne : nous voulons parler du VIIIe, celui de la « Présentation au Temple »
(Dêva-kula-upanayana) ; mais quel indianiste au courant de l'extraordinaire diversité d'échantillons
ethniques et religieux que présente à l'observateur le pays de ses études oserait affirmer que jamais ni
nulle part aucune tribu de l'Inde n'a pratiqué le rite de présenter ses nouveau-nés au dieu du clan?
Vaut-il la peine de faire remarquer que la seule chance d'emprunt qui offre quelque résis-
tance à l'analyse serait selon nous à la charge du bouddhisme ? Le fait que ce dernier antidate
le christianisme de cinq siècles ne lui crée nullement, dans la question des influences réciproques,
la sorte de droit d'aînesse que des esprits simplistes ont cru pouvoir d'emblée lui conférer. D'une façon
générale il nous est apparu que, depuis sa première rencontre historique avec l'Occident, l'Inde
n'a jusqu'ici joué qu'un rôle purement passif ; et dans le cas particulier de la seule de ses religions
qui manifeste des prétentions à l'universalité, c'est à peine si elle achève de parfaire ses manuels de
discipline et ses recueils de dialogues doctrinaux, et commence à composer les ouvrages de dévotion
et d'édification nécessaires à sa propagande étrangère. Aussi une intervention bouddhique quel-
conque dans la rédaction du Nouveau Testament paraît-elle encore plus invraisemblable que
l'intrusion d'un motif judéo-chrétien dans le cycle de la Nativité du Buddha. Le temps viendra
bientôt — mais pas avant que, de part et d'autre, les traits essentiels de la biographie du fondateur
n'aient été fixés sous leur forme originale et de tous points divergente — où des rapports et même
des contacts directs s'établiront entre les deux grandes religions à missionnaires ; et dans ce rap-
prochement des sphères de leur activité, c'est encore le christianisme qui, en s'obstinant malgré
l'opposition des mages à s'infiltrer jusque par delà l'Irân, a accompli le pas décisif. Dès la fin
du second siècle, au temps où la tradition place également le voyage de l'Alexandrin Pantænus
dans l'Inde, l'église d'Édesse, fille de celle d'Antioche, est fondée ; et bientôt elle recueille comme un
héritage, en même temps que les reliques de Judas Thomas et le soin de rédiger ses Actes, la tâche
d'évangéliser l'Orient. De son école, comme de celle de Nisibe, sortent quantité de clercs syriens,
mésopotamiens ou persans qui deviennent autant de propagandistes de la foi et réussissent, en dépit
des persécutions de Shâpur II (340-379) et de plusieurs de ses successeurs, à organiser en Irân
diocèse après diocèse. Au premier concile de Séleucie (410) nombre d'évêques seraient venus des
diverses provinces de l'empire sassanide ; au second (486) se serait rendu celui d'Hérât. Bientôt
sur les listes des sièges épiscopaux figurent ceux de Merv et du Tokhârestân ; et grâce à la fameuse
stèle nestorienne de Si-ngan-fou, chacun sait que les chrétiens finiront par pénétrer de là en Asie
centrale et jusque dans la capitale chinoise. D'autre part, entre 520 et 525, Kosmas Indikopleustès
n'a pas seulement qu'à parler de leur présence en Bactriane ; il a en personne visité, tant dans les
îles de Socotora et de Ceylan que sur la côte du Malabar, des chrétientés dépendant d'un évêque
consacré en Perse : renseignements dignes de toute créance, si l'on songe au magnifique exemple
de tolérance religieuse que l'Inde prospère et policée de la période Gupta donnait au reste de l'hu-
manité (8). Les Hephtalites, il est vrai, n'allaient pas tarder à jeter une note terriblement dis-
cordante dans cet harmonieux concert. Il n'en reste pas moins qu'avant leur funeste invasion
l'église chrétienne d'Orient et l'église bouddhique de l'Inde du Nord étaient devenues tout au moins
limitrophes en Afghânistân sous la commune juridiction des Sassanides, et que les adhérents des
deux religions se coudoyaient dans les ports de la côte occidentale de la péninsule. Que voyons-
nous qu'il en soit résulté ?
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