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Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
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chaire (béma) dont il était pour toujours descendu, mais que spirituellement il occupait encore.
Dès lors quand nous trouvons, au ve siècle, sur les mosaïques de Ravenne le même symbole appliqué
à la représentation du Christ, le secret naguère insoupçonnable de la transmission qui relie à
travers tant d'années et de lieues ces compositions symboliques aux vieux bas-reliefs de Barhut
et de Sânchî (IIe-Ier siècle avant notre ère) devient tout à coup apparent : ce sont les manichéens
qui, par leur imagerie et leur liturgie, ont fait la chaîne entre l'Inde et l'Italie. Il est curieux de
noter que ce singulier mode de dévotion s'est, d'autre part, propagé jusqu'en Chine, où le culte
du siège vide de Piṇḍola, l'actuel doyen des moines ordonnés par le Buddha puisque seul il est
resté vivant par miracle, a pris dès le ve siècle un développement non moins inattendu (14).
Cette première constatation, si mince que soit le détail sur lequel elle porte, en appelle
une autre, d'un caractère plus général mais encore précis, qui concerne l'organisation de la com-
munauté manichéenne et peut-être, par-delà celle-ci, l'institution des ordres monastiques dans
l'église chrétienne. Il est bien certain qu'au IIIe siècle de notre ère l'Inde avait déjà une expérience
millénaire de l'ascétisme, qu'il s'agît de l'anachorète (vana-prastha) ou du moine errant et mendiant
(çramaṇa ou bhikshu) ; et, à première vue, il paraît difficile d'admettre que le degré de perfection
minutieuse auquel elle avait porté ses codes de vie religieuse n'ait pas été, le moment venu, mis
à profit par ses voisins de l'Asie antérieure. Que le manichéisme ait emprunté au bouddhisme les
grandes lignes de sa hiérarchie, nous en avons deux preuves pour une : d'abord l'analogie des termes
techniques servant à distinguer d'une part les Maîtres (ici les « Élus », là les Arhat) et, de l'autre,
les disciples (là les Çrâvaka et ici, par traduction littérale, les « Auditeurs ») ; et ensuite, fait plus
significatif encore, l'énorme écart entre le statut de ces deux catégories, les premiers étant considérés
comme des êtres quasi sublimes dont les seconds devaient s'estimer trop honorés d'être les très
humbles pourvoyeurs. Ce n'est pas tout : l'une des plus vieilles formules bouddhiques, qui revient
comme un refrain, oppose nettement à l'existence normale l'état « sans-maison » (anagâriyâ)
embrassé par le bhikshu. Or, Mâni (les Actes d'Archélaüs nous le disent en toutes lettres) avait
adopté et même restauré dans sa grande rigueur à l'usage de ses disciples la prohibition de posséder
désormais en propre aucune maison (oikia) ; et, d'après le fragment de texte retrouvé à Touen-
houang par M. P. Pelliot, si les établissements religieux des manichéens comprenaient des salles
communes pour la bibliothèque, le réfectoire, les exercices religieux et les études, ils ne compor-
taient en revanche aucun local réservé à l'habitation des membres de la confrérie, sauf en cas
de maladie de ces derniers. Il faut dire que Mâni avait apporté à ce commandement les correctifs
nécessaires : car ses Élus jouissaient pour se loger en ville chez des particuliers, naturellement
choisis parmi les Auditeurs, de facilités qu'ils partageaient avec les missionnaires chrétiens, mais
qui étaient absolument interdites aux moines bouddhiques (15). C'est ce qui rendait le problème
de l'abri infiniment moins facile à résoudre pour ces derniers ; et c'est justement la façon dont ils
l'ont finalement résolu qui nous ouvre une avenue vers les solutions également adoptées après
eux, sinon à leur exemple, par les moines d'Occident.
On le voit par ce que nous venons de dire : les moines de l'ordre fondé par le Buddha ne
menaient pas originairement la vie conventuelle dans toute l'acception du mot, sauf par excep-
tion et pendant la retraite annuelle de la saison des pluies. Il est vrai que, durant les autres saisons,
le ciel de l'Inde n'imposait pas la nécessité d'avoir un toit au-dessus de sa tête ; et nous savons que
beaucoup de bhikshu, amis de la solitude et persévérant dans les habitudes nomades de la primitive
Communauté, continuaient à se contenter du couvert apporté par les arbres toujours feuillus des
tropiques ou par quelque anfractuosité de rocher. Mais il faut croire que la majorité ne s'accom-
modait pas d'une existence passée presque tout entière à la belle étoile : car il est déjà question
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