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0150 La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 / Page 150 (Grayscale High Resolution Image)

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doi: 10.20676/00000237
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des étrangers ni l'esprit de farouche isolement habituel aux ascètes indiens, ni l'orgueilleux
mépris érigé en système par les brahmanes. Le bref credo que lui a légué son fondateur et que
commentait avec tant d'abondance la collection déjà formée de ses livres saints n'est pas l'apanage
d'une caste ni même d'une race : le Buddha l'a conçu à l'usage de tous et il doit être enseigné à
chacun dans sa propre langue. N'oublions pas enfin de rappeler que les circonstances politiques,
en opposant à l'avance des Grecs les armes d'un empereur appartenant à une dynastie nouvelle
et ennemie des bouddhistes, achevèrent de jeter ces derniers dans les bras de leur Sôtèr-Trâtar
Yavana (supra, p. 276). Assurément, rien ne permet de croire que ce soit un appel des bouddhistes,
poussés au désespoir par les persécutions du Çunga Pushyamitra, qui ait déclanché l'intervention
de Dèmètrios et de son général, Ménandre : mais les historiens les plus circonspects ont été amenés
à penser que leur connivence n'avait pas médiocrement aidé les Yavanas, qui ne disposaient que
d'une armée inférieure en nombre comme en qualité à celle d'Alexandre, à conquérir la moitié
de l'Hindûstân ; et cette supposition a paru encore plus nécessaire pour expliquer qu'en dépit
de leurs discordes intestines, leur domination y ait duré un siècle et n'ait finalement succombé
que sous les coups d'un nouvel envahisseur.

Nous savions déjà tout cela : nous savons même plus précisément, et de la façon la plus
sûre, par des inscriptions contemporaines de leurs œuvres pies, que le méridiarque du Svât Théodôros
et celui de Taxila (dont le nom s'est perdu avec un fragment de sa plaquette de cuivre) ont fait
profession de foi au bouddhisme ; et sans doute en fut-il de même de nombre de leurs subordonnés,
sinon même de leur souverain Ménandre. Ceci doit d'autant moins nous étonner qu'une telle
adhésion (car, répétons-le, le mot « conversion » que nous employons par habitude de langage a
pris chez nous un sens beaucoup trop fort) ne se heurtait pas aux mêmes difficultés qu'une ten-
tative d'affiliation à une secte brahmanisante — difficultés naguère considérées comme insurmon-
tables par tous les indianistes jusqu'au jour où la dédicace du pilier de Vidiçâ (Bhilsa) par le
Bhâgavata Héliodôros et les exergues des monnaies du Mahêçvara Vima-Kadphisès leur ont démontré
qu'en ce temps là un étranger (mlêccha) pouvait devenir vishnouïte (vaishnava) ou çivaïte (çaiva) :
à plus forte raison lui était-il loisible de devenir bouddhiste (bauddha). Mais il ne suffit pas de
savoir les choses : il faut encore se les représenter. Or il est bien évident qu'en l'espèce, avant de
manifester publiquement ce que nous appelons leur conversion, les fonctionnaires Yavanas ont
senti s'éveiller en eux la curiosité de connaître la doctrine où tel moine mendiant de la rue, jour-
nellement rencontré au cours de sa tournée d'aumônes, puisait sa calme dignité. Ainsi qu'il est
écrit dans un passage évidemment « vécu » du Mahâvagga : « En le voyant il pensa : En vérité
c'est là un de ces moines qui sont saints dès ce monde ou déjà entrés dans la voie de la sainteté.
Je vais aller à ce moine et lui demander : Ami, ta physionomie est sereine ; ton teint est pur et
clair ; qui donc est ton maître et quelle doctrine professes-tu ?... » Les méridiarques en question
possédaient-ils, ainsi qu'on l'exige aujourd'hui de leurs remplaçants anglais, la connaissance de
la langue parlée et purent-ils directement aborder leur homme ? Ou durent-ils recourir, pour arranger
une entrevue, à l'intermédiaire d'un secrétaire indigène et requérir les services d'un interprète ?
Toujours est-il qu'ils entrèrent en relations suivies avec quelque religieux particulièrement recom-
mandable pour son intelligence ou sa sainteté. Des conversations réitérées se tinrent, non seule-
ment en plein air et dans les couvents, mais encore (comme on dirait dans l'Inde contemporaine)
dans l'« office (daftar, entendez : les bureaux) du Commissioner » — et pourquoi pas, ainsi que le
veut le cadre du Milindapañha jusque dans le palais royal, quand du moins le roi s'appelait
Ménandre ? De ces entretiens que pouvons-nous encore connaître, étant donné ce que nous
savons des deux types d'interlocuteurs ?