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0155 La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 / Page 155 (Grayscale High Resolution Image)

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doi: 10.20676/00000237
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sorties des mêmes milieux littéraires et artistiques — et toutes deux vers le même temps.
Nous voici arrivés au point critique de notre enquête chronologique; et, malheureusement,
nous ne pouvons toujours que tramer sur une chaîne de pures vraisemblances les quelques vérités
de fait, ou aisées à vérifier sur pièces, que nous possédons déjà. En ce qui concerne le texte, tout
nous porte à croire qu'il n'a pu être composé ni trop tôt ni trop tard après la mort de Ménandre
(vers 145 av. J.-C.) : ni trop tôt, car la figure du roi entre déjà dans la légende; ni trop tard, car
les souvenirs évoqués n'ont pas encore été estompés par le temps. De même tout nous conseille
de proposer pour l'image une date ni trop haute ni trop basse, et de placer également son appa-
rition à l'heure où, selon la poétique expression de L. Finot, « le soleil de l'Hellade éclairait de ses
derniers rayons le sol généreux du Gandhâra ». En simple prose nous sommes ainsi amenés aux envi-
rons de l'an 100 avant notre ère. Une génération plus tôt, l'évacuation forcée de la Bactriane
avait fait refluer au Sud de l'Hindûkush un contingent considérable de Yavanas de toute catégorie
et de tout métier, et rétabli du même coup sur le Gandhâra, Taxila y compris, l'autorité de la
maison d'Eukratidès. Cette deuxième vague de Gréco-Bactriens avait retrouvé leurs compatriotes
déjà mûrs pour l'appellation de « Gréco-indiens », dans le sens que le mot Anglo-indien a fini
par prendre : car il ne désigne plus seulement les Anglais nés dans l'Inde, mais englobe tous les
métis eurasiens. Le renouveau d'esprit hellénistique qu'ils apportèrent avec eux dans ce milieu
déjà fortement indianisé et la nécessité où se trouva ce dernier d'assimiler ce nouvel afflux provo-
quèrent-ils à la fois, par une sorte de choc en retour, la rédaction de la brochure de propagande
placée sous l'invocation de Ménandre, et la création (ou du moins les premiers essais de création)
de l'image gréco-bouddhique par excellence ? On aime à le penser, et il est permis d'espérer que
l'avenir le confirmera un jour : pour l'instant nous ne pouvons que constater que jamais la situation
ne paraît plus mûre pour l'éclosion de l'une comme de l'autre. Puisque notre coutume européenne
est de dater par règnes, ce serait donc sous celui d'Antialkidas ou de l'un des cinq obscurs succes-
seurs que lui découvrent les numismates — Diomèdes, Épander, Philoxénos, Artémidóros et Peuké-
laos, qui tous ont frappé monnaie à Pushkarâvati et dont le dernier a même emprunté son nom
à cette ville — que nous finissons par placer avec toute la circonspection requise la première mani-
festation de l'école du Gandhâra. ... Alors, disons-nous, mais, à coup sûr, pas plus tard : car
brusquement nous cessons de raisonner dans l'abstrait et de spéculer dans le vague. Déjà un nouveau
cataclysme politique menace toute l'Inde du Nord. Le premier quart du 1er siècle avant notre ère
sera à peine écoulé qu'arrivant du Sud les hordes scytho-parthes vont, sous la conduite du grand
roi des rois Maüès, mettre un terme à la domination grecque au Gandhâra comme à Taxila, en
attendant de pousser leurs conquêtes d'une part vers le Pañjâb et de l'autre jusqu'au Kapiça
(supra, p. 221). Or, le moins qu'on puisse dire de ces Çaka-Pahlavas, c'est qu'en leur qualité
d'Iraniens semi-nomades ils n'étaient à aucun degré les agents ni de la civilisation grecque ni
de la religion bouddhique; et ainsi, au cas où l'étincelle gréco-bouddhique n'aurait pas déjà jailli
dans la capitale gandhârienne du contact entre Yavanas et Bauddhas, le moment de son jaillis-
sement serait passé sans retour. Les données historiques, après nous avoir fait longtemps muser,
dressent donc d'elles-mêmes un terminus ad quem au-dessous duquel elles ne nous permettent
pas de descendre, et font remonter les toutes premières origines de l'École indo-grecque avant
l'an 75 ante Christum.

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