National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
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morceau de schiste sorti de la carrière; mais nous avons trop ramené l'opération aux deux élé-
ments constants de toute création artist que inédite, le donateur qui passe la commande et le
praticien qui l'exécute. Si ce couple n'avait existé au Gandhâra qu'à un unique exemplaire, l'inva-
sion scythique aurait eu vite fait de le balayer, lui, et le résultat de sa collaboration. Il est grand
temps de restituer les causes foncières et vraiment originelles qui ont contribué de loin et de toutes
parts au succès de celle-ci : car pas plus en histoire sociale qu'en histoire naturelle il n'y a de géné-
ration spontanée ni de création ex nihilo.
L'HELLÉNISATION DE L'ASIE ANTÉRIEURE. — Confessons-le donc : quand on a une fois de
plus montré que des dynastes grecs ont régné à Pushkarâvatî, et qu'ils y sont entrés en contact
intime avec le bouddhisme, on n'a pas tout dit : on a même négligé le plus intéressant de l'affaire,
à savoir l'inventaire de tout ce qu'en matière d'idées, de goûts et de techniques ils ont, eux et leurs
gens, apporté de nouveau dans le pays conquis par leurs armes. Le Yavana n'était pas seulement
ce que dès l'abord il parut être aux Indiens, un guerrier redoutable et un ingénieur habile : il
était l'héritier d'une culture qui fait encore l'admiration de la postérité. Même les soldats d'aventure
lancés dans leurs lointaines expéditions coloniales y participaient dans une certaine mesure et
en témoignaient par l'efficacité de leur organisation, leur ordinaire esprit de tolérance et de justice,
leur sens esthétique, et l'emploi intelligent que beaucoup d'entre eux faisaient de leurs loisirs :
or, tandis que dans notre chapitre V nous nous sommes efforcés de fixer quelques traits de l'on-
doyante figure du partenaire indien, nous avons à peine parlé du grec, le supposant connu d'avance.
C'était beaucoup sous-entendre. Autre omission encore plus grave, nous semblons avoir oublié
que ces Yavanas n'étaient dans l'Inde les fourriers de la civilisation hellénistique que parce que
celle-ci avait déjà envahi derrière eux toute l'Asie antérieure. C'est sur le fond de tableau formé
par l'Orient hellénisé que se profilent leurs énergiques physionomies, telles que nous les montrent
leurs monnaies; c'est lui qui, mettant en vraie valeur l'importance de leur rôle historique, établit
leur droit à être sauvés de l'oubli. Mais pour brosser cette toile de fond il ne faudrait rien moins
que passer en revue, grâce aux objets ou inscriptions sortis de fouilles très dispersées et à l'aide
de textes recueillis au cours d'immenses lectures, toutes les traces caractéristiques qu'a pu laisser,
en Syrie et en Mésopotamie comme en Irân, la vie des colons grecs — entendez par là leur façon
de se loger, de se meubler et de se vêtir, leur monnayage, leur calendrier, leurs divertissements,
leurs sports, leurs arts, leur théâtre, leurs lectures, leurs notions scientifiques, leurs institutions
civiles, leurs idées religieuses, etc.; et, à propos de chaque vestige d'influence ainsi relevé, il fau-
drait peser comme dans une balance de précision et mesurer impartialement, en dehors de tout
préjugé européen ou asiatique, le dosage de l'action étrangère et la réaction du milieu local. Tâche
considérable et délicate entre toutes, mais qui, par bonheur, est en ce moment même menée de
main de maître par des hellénistes et des iranisants de qualité. Grâce à leurs travaux déjà parus
ou en cours, nous commençons à entrevoir, aussi bien dans sa complexité que dans quelques-uns
de ses détails, l'entreprise plus ou moins consciente d'hellénisation qui a été poursuivie dans leurs
possessions asiatiques par les successeurs d'Alexandre. Assurément notre rôle n'est pas de marcher
sur les brisées de nos confrères : mais nous ne saurions nous dispenser de leur prouver notre gra-
titude pour leur précieux concours en utilisant ici les principaux résultats de leurs recherches (11).
Tout d'abord, il ne sera plus permis aux indianistes d'oublier que l'étonnante aventure
indienne des satrapes grecs de Bactriane n'est qu'un chapitre de l'histoire de l'Asie séleucide,
de même que l'École du Gandhâra, vue de l'Occident, n'est qu'un rameau détaché de l'art hellé-
nistique. L'une et l'autre ne retrouvent leur vraie perspective et ne prennent leur véritable sens
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