National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
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et des Sassanides, en opposant jusqu'au bout une barrière insurmontable à l'expansion jusqu'alors
irrésistible de l'empire romain, ne témoignent-elles pas suffisamment de l'intensité de la réaction
asiatique contre la prétention de l'Europe à la domination universelle ? — Ainsi se découvre dans
notre exposé une autre lacune. Nous avons étudié de notre mieux les deux facteurs essentiels,
l'un politique et l'autre religieux, dont le heurt a engendré l'hybride école gandhârienne; mais le
lecteur informé se sera déjà étonné que nous n'ayons encore fait aucune place à un troisième,
en l'absence duquel les deux autres n'auraient eu entre eux qu'un contact trop éphémère pour
être aussi fécond, à savoir le facteur économique.
Là gît en effet la solution à nos dernières difficultés. Par tous les intérêts qu'il met en jeu
et les relations suivies qu'il nécessite, le commerce, bien mieux que la guerre, crée les grands cou-
rants d'échanges qui charrient, pêle-mêle avec les marchandises, les idées et les images. C'est le
constant va-et-vient des caravanes et des bateaux, avec le mouvement de voyageurs et, comme on
dit en anglais, de « commodities » dont leur incessante navette s'accompagne, qui en définitive
a jadis tissé et tisse encore aujourd'hui les liens les plus serrés et les plus prégnants entre l'Est
et l'Ouest du Vieux monde. Tout cela vaudrait bien un chapitre, sans doute : mais par bonne chance
il se trouve que ce chapitre a déjà été écrit, et en grand détail, pour la période qui nous intéresse.
Nous n'avons pas, en effet, à revenir sur les plus anciennes traces de rapports maritimes entre la
côte occidentale de la péninsule et Babylone (Bâvêru), ni sur les expéditions de Skylax ou de
Néarque. Mais nous avons toutes raisons de croire que les conquêtes indiennes des Indo-Grecs
ont stimulé les relations des « ports ouverts » (emporia) de la péninsule avec Séleucie du Tigre,
Antioche de l'Oronte et Alexandrie d'Égypte. À partir de notre ère, les documents se multiplient
en même temps que croît le volume des marchandises transportées : aussi a-t-on pu écrire des livres
entiers sur le commerce de l'Inde avec l'empire romain ainsi qu'avec la Chine des Han (14). Nous
ne voyons pas l'intérêt qu'il y aurait à ressasser une fois de plus, si instructifs qu'ils soient, les
textes de Tacite ou de Strabon, de Pline l'Ancien ou de Ptolémée, ni même ceux qui restent encore
à glaner — tel ce passage que nous ne nous souvenons pas d'avoir déjà vu cité, où Ammien
Marcellin (XIV, III, 3) nous apprend qu'à la grande foire qui se tenait chaque année en
septembre à Batnè, entre Édesse et l'Euphrate, des marchandises étaient apportées de l'Inde
et de la Chine (quæ Indi mittunt et Seres). Comme, à notre grand regret, les circonstances ne nous
ont pas permis de naviguer sur les boutres de l'Océan Indien, ni de suivre de bout en bout, depuis
Palmyre jusqu'à Bactres et de Bactres jusqu'à l'Issédon Sérique, la fameuse route de la soie, nous
n'avons aucune donnée d'expérience personnelle à ajouter aux commentaires dont ces citations
ont fait si souvent l'objet. Toutefois, l'occasion nous a été fournie de vérifier expérimentalement
l'étendue et la longue durée de ce mouvement d'échanges. L'Émir Habib-Ullâh était curieux de
vieilles monnaies, et beaucoup de celles qui sortent journellement du sol afghan avaient afflué
entre ses mains : car les fonctionnaires en visite à la capitale les lui apportaient d'autant plus vo-
lontiers en guise de nazar que ce cadeau, sûr d'être bien reçu, ne leur coûtait rien que la peine
de le confisquer à son inventeur. La collection était entassée pêle-mêle dans une malle qui avait
été transportée au pavillon de Bâgh-Bâlâ, où l'on songeait à établir le futur musée de Kâbul.
Nous proposâmes au conservateur d'alors de classer les pièces les plus rares et les mieux conservées
pour qu'il pût les exposer en vitrines, et il ne se fit pas prier pour accepter. C'est ainsi que sur la
longue table où se faisait le triage nous vîmes s'aligner docilement dans le lot des monnaies étran-
gères au pays, à côté de l'amoncellement des drachmes indo-grecques et surtout indo-scythes,
d'abord quelques dariques, puis (parallèlement aux pièces arsacides et sassanides) des deniers des
douze Césars et de leurs successeurs, tant de Rome que de Byzance, et, enfin, pour clore la série,
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