National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
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quelle le sens historique d'Emile Senart l'avait conduit, il y a déjà un demi-siècle, en rapportant
au temps de la domination scytho-parthe les débuts effectifs de l'école gréco-bouddhique du
Gandhâra (25).
Peut-être convient-il de le noter à ce propos : le dernier historien qui se soit occupé, on sait
avec quelle érudition et quelle pénétration, des « Grecs dans l'Inde » jusqu'à l'obscure période où
s'éteint leur déclin, nous fait une description des plus rassurantes de l'invasion des Çakas. A son
avis, les chefs yavanas, des basileis aux simples stratèges ou méridарques, ont dû se retirer à
temps dans les hautes vallées du versant méridional de l'Hindûkush, tel ce Théodamas, dont le sceau
a été retrouvé au Bajaur; mais les marchands demeurèrent fidèles à leurs boutiques, les artisans
à leurs ateliers et ainsi il resta « encore beaucoup de Grecs dans les Paropamisades » jusqu'à la
fin du 1er siècle avant J.-C. Pour lui « les Çakas, de même que les Parthes, n'étaient pas de simples
destructeurs : ils étaient prêts à faire leur profit de la civilisation supérieure des vaincus, ils gar-
dèrent l'administration provinciale grecque et frappèrent leur monnayage dans les ateliers grecs
avec les mêmes exergues bilingues, tandis que les cités grecques, pour le peu qu'il y en avait,
gardaient quelque autonomie… », et il en cite comme preuve une médaille fameuse de Pushka
râvatî (26). Pour compléter ce tableau flatteur il ne tiendrait qu'à nous de rappeler que la reli-
gion bouddhique n'a pas conquis moins promptement que la civilisation grecque les envahisseurs bar-
bares du Nord-Ouest, à l'exception des seuls Huns Hephtalites : et ainsi nous pourrions renouer
sans sourciller le fil interrompu de notre enquête et poursuivre, comme si de rien n'était, l'histoire
de l'école gréco-bouddhique. Mais il n'est que trop probable que, si nous possédions de ce temps les
mémoires de quelque Gandhârien, nous entendrions un tout autre son de cloche. Même si les
Scythie, s'étaient quelque peu frottés de civilisation et étaient devenus capables de s'élever à la
conception d'un Etat, d'ailleurs éphémère, leurs troupes restaient faites des nomades de la steppe,
pour qui le pillage était l'unique justification de la guerre; et la région du Nord-Ouest dut l'éprouver
cruellement. Le cri des victimes égorgées et la fumée des incendies ne pénètrent pas toujours dans
le confortable cabinet d'étude des historiens : mais il n'en est pas de même des inscriptions qui,
en nous parlant de « restauration » et de « rétablissement » de sanctuaires et de reliques (supra,
p. 277), prouvent en tout cas que les fondations bouddhiques n'avaient pas été épargnées par les
farouches adorateurs du feu et de l'épée nue. Nous devons d'ailleurs avouer que l'historien ne
s'en trouve pas autrement troublé ni gêné, bien au contraire, dans sa tâche.
Qu'on veuille bien croire que ce n'est pas un goût dépravé pour les paradoxes qui nous
fait apercevoir dans les maux et les ravages dont souffrirent alors moines et monastères les douleurs
qui accompagnèrent l'enfantement de l'école gréco-bouddhique. Récapitulons en effet tout ce qui
précède en distinguant soigneusement ce que nous savons de ce que nous croyons savoir. Au
début du 1er siècle avant notre ère et à la veille de ce que les Grecs appelèrent la « barbarisation »
de la région indo-iranienne, tout nous fait croire que les temps étaient mûrs pour la naissance
d'un art combinant à sa manière l'inspiration bouddhique et la technique helléniss-
tique, et puisant dans ce mélange inattendu une sorte d'originalité. Allons plus loin : l'épanouis-
sement subséquent de l'école gandhârienne nous contraint à penser que déjà quelques essais
avaient été tentés en ce sens sur l'initiative de Grecs convertis ou de métis indiens élevés à la grecque ;
car il n'y aurait pas eu floraison s'il n'y avait pas eu semence. Mais d'autre part, il nous faut bien
admettre que ces tentatives isolées n'étaient pas entrées dans le domaine commun. Le seul art
bouddhique qui existât alors au Gandhâra — et encore vient-on de voir que nous sommes obligés
d'en inférer l'existence, faute de la constater de visu — est le même qui venait de se développer
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