National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
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dans la vallée du Gange au cours du IIe siècle avant notre ère. Or, cet art, nous le connaissons,
avec les emblèmes algébriques et les schémas symboliques, visiblement dérivés des mémentos des
grands pèlerinages, par lesquels il croyait représenter les grands miracles du Buddha. Tel est
l'aveugle respect de la tradition, professé par les Indiens, religieux ou laïques, que ce ne fut pas
une petite affaire d'en modifier de fond en comble le répertoire. Combien de lustres ou plutôt de
décades aurait pris en temps normal cette modification ? Nous n'avons plus à nous le demander.
Entre 75 et 70 avant notre ère, les Scythes ont passé là ; et une génération plus tard, quand sous
ceux de leurs satrapes dont les inscriptions nous attestent la conversion, se pose la question de la
réfection des sanctuaires détruits et dévalisés dans la première fureur de la conquête, c'est alors
que s'offre la chance de succès, et de diffusion dans le succès, pour les formules nouvelles qui avaient
été déjà élaborées quelque cinquante ans plus tôt. La crise brutale de l'invasion a brisé le joug
de la routine ; la population déjà si mélangée du Gandhâra s'est accrue de nombre d'immigrants
barbares et ceux-ci viennent grossir à l'exemple de leurs chefs, ainsi qu'on peut voir par les fré-
quentes images de donateurs vêtus du costume nordique, les rangs des fidèles laïques groupés
autour de la Communauté, restaurée elle aussi dans son prestige. Que ces nouveaux upâsaka,
que n'arrête aucun scrupule héréditaire, adoptent sans hésiter l'interprétation perfectionnée qui
leur est offerte de la légende du Maître, le Maître inclus, qui pourrait s'en étonner ? Faut-il le répé-
ter une fois de plus ? L'école nouvelle répondait au même besoin d'édification que
l'ancienne ; mais grâce à l'image du Buddha, elle y répondait beaucoup mieux, en illustrant clai-
rement et sans réticences la lettre des textes. Assurément elle était moins indienne, en ce sens
qu'elle n'était plus ligotée par les préjugés et les habitudes de la péninsule, mais elle n'en était
que plus explicitement bouddhique.
C'est toujours là qu'il faut en venir. Il était nécessaire de justifier le caractère composite du
répertoire ornemental de l'école gréco-bouddhique avec son mélange de motifs iraniens, indiens
et classiques : mais elle ne peut être considérée comme vraiment constituée que du moment où
elle dispose, aussi bien pour la composition des bas-reliefs des stûpa que pour les idoles des vihâra,
de la figure du Buddha Çâkya-muni. Sur l'époque de l'apparition de cette dernière nous restons
réduits à des tâtonnements incertains ; car, dans ces temps obscurs, comment marcher autrement
qu'à l'aveuglette ? Toutefois, la marge possible d'erreur va se rétrécissant de plus en plus. Naguère
les hypothèses flottaient de Ménandre à Kanishka sur un intervalle de plus de deux cents ans.
Nous savons à présent de façon certaine que des idoles du Buddha étaient érigées et adorées au
Ier siècle après notre ère, et cela seul implique que la création du modèle original était sensiblement
antérieure à celle-ci. Comme, d'autre part, on ne peut faire remonter ce coup de maître avant les
derniers Indo-Grecs, nos divagations chronologiques n'ont plus d'autre champ que le Ier siècle
avant J.-C. Tout récemment, l'éminent helléniste que nous venons déjà de citer et qui a bien voulu
apporter à nos premières conclusions chronologiques l'appui d'une adhésion fondée sur sa connais-
sance sans rivale du facteur grec en Orient, a cru couper court à toutes les incertitudes et combler
l'attente générale en reconnaissant le Buddha assis à l'indienne sur une monnaie de Mauès. Nous
donnerions beaucoup pour en être aussi sûrs que lui : mais les pages ingénieuses que M. W. W. Tarn
consacre à la démonstration de son identification prouvent assez que celle-ci n'est pas de celles
qui s'imposent : l'évidence ne se plaide pas. Que dès ce moment la figuration plastique du Sauveur
indien eût été réalisée, c'est ce que tout ce qui précède nous invite à croire ; mais que sa figure fût
déjà à ce point popularisée qu'elle pût fournir d'emblée un type monétaire à un conquérant étran-
ger, il faudrait pour le démontrer un témoignage incontestable, ce qui n'est pas le cas. Une autre
observation à laquelle on ne semble pas avoir accordé jusqu'ici l'attention qu'elle mérite nous
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