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0193 La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 / Page 193 (Grayscale High Resolution Image)

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doi: 10.20676/00000237
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la partie la moins indienne de l'Inde. Si surprenant que cela puisse paraître, cette terre du Pañjâb
où les immigrants aryens se sont dès l'abord établis en masse, dont les puissantes rivières ont été
tant célébrées par les chantres védiques et qui eût dû en bonne logique rester la terre sainte du
brahmanisme, Manu la condamne comme impure, et aujourd'hui encore les Hindus orthodoxes
répugnent à y résider : car l'Âryâvarta ne commence pour eux qu'en deçà du Satlej. Et qu'à
cette notion de notoriété publique on ne vienne pas opposer les indications contraires de tous les
atlas, ni non plus la localisation par Hiuan-tsang au Lampaka (Laghmân) de la frontière de l'Inde.
C'est là de sa part, nous l'avons reconnu, une théorie parfaitement défendable du point de vue de
la géographie physique et même politique : ce n'est pas une information fondée sur son expérience
d'explorateur. Si vous désirez une impression de voyage toute pure, c'est à Fa-hien qu'il vous faut
la demander, et il vous la donnera sans équivoque. Pour lui, c'est à « quatre-vingts yojana » à
l'Est de l'Indus, aux confins du bassin du Gange, qu'il a le sentiment de rencontrer enfin l'Inde
véritable, celle du « Pays-du-Milieu » (Madhya-déça), et qu'il croit devoir en esquisser une descrip-
tion générale, notice que, grâce à son érudition livresque infiniment supérieure, Hiuan-tsang
reprendra avec beaucoup plus d'ampleur et placera dans la composition de sa Relation juste
avant son entrée dans l'Inde du Nord (2). Mais, ne craignons pas de le répéter, aucune vue théorique
ne saurait prévaloir contre le témoignage ingénu d'un observateur; et la vérité, au IVe siècle
comme au XXe — l'expérience est facile à refaire — c'est que pour quiconque descend du Nord-
Ouest par le Grand Trunk Road, l'Hindûstân proprement dit ne commence ni à Peshâwar, ni
à Lahore, ni même à Delhi, mais seulement à Mattra, la « Mathurâ des dieux » de Ptolémée. D'autre
part, la portion de l'Irân déjà qualifiée d'orientale par Darius Ier n'a gardé, il faut l'avouer, même
à Kandahâr et à Kâbul, que de faibles traces de son antiquité indienne : elle n'en présente pas
moins un contraste accusé avec les provinces persanes du Fars et de l'Irâk-Ajemi. Si les Hazâreh
se sont faits comme les Persans sectateurs d'Ali, en revanche les « Berberi » limitrophes de la
Perse (Jamshidi, Taimani et Firuzkhoi) sont de farouches sunnites ainsi que le reste des Afghans.
Par ailleurs, les grands centres de culture se font plus rares ; les manières et les mœurs sont restées
plus rudes, mais aussi plus viriles; les coutumes se sentent davantage du nomadisme ancestral;
les dialectes persans que l'on parle, teintés d'archaïsme, n'ont ni la même prononciation ni tout à
fait le même vocabulaire, mêlés qu'ils sont dans l'Est d'hindûstâni (3). Ici encore l'expérience est
facile à renouveler, et nous avons assez pu constater par nous-mêmes à quel point un secrétaire
amené de Téhéran peut se sentir dépaysé à Kâbul.

Récapitulation historique. — Est-il besoin de joindre à ces indications générales,
en guise de commentaire et de justification, un rappel sommaire des épisodes les plus saillants
qui ont marqué cette lente, mais constante transformation des deux tiers de la région indo-ira-
nienne en une région plus iranienne qu'indienne ? Un premier point nous semble déjà acquis :
le mouvement de pénétration d'Ouest en Est s'est peu à peu ralenti à partir de la grande immi-
gration indo-aryenne ; il ne s'est jamais complètement arrêté. L'Hindûkush a pu être parfois
verrouillé ; toujours il a fini, sous la pression des hordes de la Haute-Asie, par être débordé ou
forcé. Qu'il en ait été de même aux temps qui ont précédé l'histoire, trop d'exemples historiques
nous interdisent d'en douter; et le fait est d'ailleurs implicitement démontré par la variété des
races qui se pressent dans cette contrée de perpétuel passage. Il serait contraire à toute bonne
méthode de négliger cette donnée primordiale ; il ne le serait pas moins de prétendre ressusciter
dans leur intégralité des faits ensevelis sous tant de siècles d'oubli.

L'avance iranienne (VIe-IVe siècle). — Les documents écrits et datés commencent, nous