National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books

> > > >
Color New!IIIF Color HighRes Gray HighRes PDF   Japanese English
0202 La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 / Page 202 (Grayscale High Resolution Image)

New!Citation Information

doi: 10.20676/00000237
Citation Format: Chicago | APA | Harvard | IEEE

OCR Text

moins apparentées aux populations frontalières des quatre points cardinaux, et partagées au point
de vue religieux par un schisme, mais qui n'en forment pas moins un bloc si solide que ses puissants
voisins se sont usé les dents à l'effriter sur les bords. Où l'Afghânistân, comme la Suisse, puise
son indéniable cohésion, ce n'est un mystère pour personne : faute d'être fondus dans une unité
ethnique ou linguistique, ses habitants communient dans l'amour inné du montagnard pour la
liberté. Il faut voir avec quelle ferveur unanime ce peuple fête chaque année l'anniversaire de son
indépendance (istiqlâl). Son courage viril, son ardeur à s'instruire, le désir de progrès qui anime
son gouvernement — et dont le souci de ses antiquités nationales fournit au monde une preuve
de plus — lui méritent à coup sûr, après tant de vicissitudes, un avenir de prospérité dans la paix,
la concorde et, ce qui lui est plus cher que tout, dans l'honneur (izzat).

ORIENT ET OCCIDENT. — Cet abrégé des événements et des leçons du passé montre de
façon assez frappante à quel point leur étude peut être utile aux chefs d'armée comme aux conduc-
teurs de négociations, aussi bien dans les camps qu'autour des tables de conférence. Il invite
également les scholars à se livrer dans leur cabinet de travail à des spéculations que beaucoup
jugeront oiseuses, mais qui ont pour elles d'être inoffensives parce que désintéressées. Prophètes
après coup, ils sont en mesure de lire rétrospectivement les destins que la géographie avait d'avance
écrits sur la face de cette région indo-iranienne qui devait être le théâtre de tant d'invasions, en
même temps que, grâce à l'histoire, ils voient mieux que les envahisseurs eux-mêmes à quel point
leur action dépasse les bornes de leur horizon et les buts qu'ils s'assignaient leur échappent. Mais puisqu'il
est ainsi possible de confronter les mises en scène successives et de supputer la portée comme
les limitations du rôle des principaux acteurs qui défilent à leur tour, comment n'en pas venir
à se demander si la pièce qui se jouait n'aurait pu prendre une tournure moins uniformément
tragique et suivre un cours plus favorable au progrès comme au bonheur de l'humanité ? La ten-
tation de se poser cette question devient particulièrement forte aux rares moments où, un inter-
mède quasi idyllique s'intercalant entre deux catastrophes, le spectateur du drame est prêt à
s'écrier avec l'amoureux poète : « O temps, suspends ton vol... ». Hélas, ces « heures propices »
sont aussi exceptionnelles que brèves; et c'est tout juste si, au cours des quinze cents ans que nous
avons passés en revue, nous pouvons en retenir deux. La mieux connue, bien que la plus ancienne,
brille au lendemain de l'expédition d'Alexandre, quand pour un court instant un heureux équi-
libre et des relations courtoises s'établissent entre Séleucides et Mauryas. Les Indo-Grecs eux-
mêmes, une fois leurs ambitions satisfaites et leurs discordes apaisées, auraient servi la cause
de la civilisation eurasienne, si les Nomades n'étaient venus couper court à ce tête à tête qui eût
pu être si fécond, et qui n'a pas été entièrement stérile, entre l'Inde et la Grèce. Hellénistes et
indianistes ont déjà retourné sous toutes ses faces, avec un égal intérêt de part et d'autre, cet
épisode passionnant pour eux : peut-être n'ont-ils pas assez remarqué que, six cents ans plus tard,
dans l'orageuse histoire du Moyen-Orient s'est produite une seconde éclaircie qui ne mériterait
pas moins d'être étudiée dans ses circonstances comme dans ses résultats.

Celle-ci luit dès le IIIe siècle de notre ère avec la renaissance perse sous les Sassanides et
jette son plus vif éclat lors de l'inauguration de l' « âge d'or » de l'Inde sous les premiers Guptas.
La paix qui règne constamment entre les deux dynasties est-elle fondée sur un respect mutuel,
ou due à l'épaisseur des états-tampons qui séparent leurs domaines respectifs ? Toujours est-il
qu'à la faveur de cette trêve — que vinrent malheureusement troubler les Huns et les Turcs,
ceux-ci d'ailleurs moins rébarbatifs que ceux-là — le mouvement des échanges économiques
et culturels reprend de plus belle, par terre comme par mer, entre le Levant et le Moyen-Orient