National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
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d'une part, entre celui-ci et l'Extrême-Orient de l'autre. En regardant vers l'Est, nous assistons
à l'indianisation de l'Indochine et de l'Indonésie et à l'introduction du bouddhisme, du mani-
chéisme et du nestorianisme jusqu'en Chine. Du côté de l'Ouest, tandis que s'infiltrent dans la
péninsule, pêle-mêle avec des notions scientifiques et des genres littéraires, quelques-unes des
conceptions religieuses alors répandues dans l'Asie antérieure, nous voyons l'Inde apporter en
échange sa contribution au syncrétisme régnant grâce à la sagesse de ses contes, au charme de ses
légendes et à sa longue expérience de la vie monastique. À la vérité, nous n'avons pu constater qu'en
passant et par ouï-dire la frappante ressemblance des catéchismes grecs, coptes, syriaques ou
sanskrits qui, pour le compte d'innombrables sectes, judaïques, chrétiennes, gnostiques, mazdéennes,
manichéennes ou mahâyânistes, noient sous le même intarissable verbiage un fond commun,
quoique hétérogène, de théories métaphysiques et de visions apocalyptiques, de règles de morale
et de pratiques magiques, de croyances astrologiques et de recettes d'alchimie, etc., mais qui,
en dépit de leurs divagations et de leur psittacisme, n'en rénovent pas moins toutes les vieilles
doctrines sous le triple chef de la gnose (jñāna), de la religiosité (bhakti) et du rite sacramentel
(samskāra). L'impression nous est restée que cette période, malheureusement encore très obscure,
a été particulièrement fertile en emprunts réciproques, plus fertile même que celle des Indo-
Grecs, à laquelle on a trop souvent rapporté d'office les plagiats les moins bien déguisés de l'Inde,
qu'ils fussent d'ordre philosophique, scientifique ou littéraire. Bien des questions s'éclaircirront
un jour, nous en avons l'assurance, à mesure que nous connaîtrons mieux l'histoire de l'Asie anté-
rieure au cours des six premiers siècles de notre ère : mais leur solution est la récompense promise
aux travaux de nos successeurs.
Bornons-nous donc pour finir aux deux constatations les plus saisissantes que nous suggère,
vu en raccourci, le passé d'une région où peut-être se situe le meilleur des observatoires entre
l'Occident et l'Orient de l'Asie. C'est tout d'abord que, comme les liquides contenus dans des vases
communicants, les cultures des nations mises en relations entre elles ont une tendance constante
à se mêler et à égaliser leur niveau; c'est ensuite que par deux fois l'occasion s'est offerte où la
fusion des civilisations de l'Eurasie aurait eu chance de se consommer, et que par deux fois l'occa-
sion a été manquée. Qui osera soutenir qu'il n'était pas souhaitable que les barrières politiques
contrariant cette amalgamation fussent plus complètement et plus largement renversées ? Tel
fut le rêve grandiose mais prématuré d'Alexandre; car pour unifier l'Ancien monde, il fallait
commencer par le subjuguer tout entier. Lui-même sentait à quel point sa tâche surhumaine
était loin d'être achevée, s'il est vrai que sur son lit de mort il projetait la conquête de Carthage
et, après elle, de tout le bassin occidental de la Méditerranée. Quatre siècles plus tard, la Rome de
Trajan avait solidement terminé les deux tiers de l'ouvrage, et semblait de taille à mener l'entre-
prise jusqu'au bout. Comment l'historien européen ne se surprendrait-il pas à regretter — au
risque de faire se récrier ses confrères d'Asie — que Parthes et Sassanides aient finalement vaincu
et arrêté les invincibles légions romaines ? Non qu'il veuille se faire l'avocat des empereurs de
Rome ou de Byzance : il sait qu'au cours de ce conflit séculaire eux aussi ne cher-
chaient que leur profit et que, tout comme de nos jours, les luttes pour l'hégémonie politique
cachaient aux motifs d'intérêt économique. Au fond l'enjeu était le commerce considérable
qui se faisait alors entre la Chine et l'Inde d'un côté, la Syrie et l'Égypte de l'autre; et il s'agis-
sait avant tout de ravir à la Perse les bénéfices que lui rapportait, de par sa situation géographique,
le métier d'honnête courtier entre l'Extrême-Orient et le Levant méditerranéen. Aussi devant les
grandes affiches rupestres où Shâpur Ier s'est fait représenter, foulant sous les pieds de son cheval
un cadavre ennemi et regardant de son haut l'empereur Valérien agenouillé devant lui dans une
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