National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
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Ainsi ni l'une ni l'autre épigraphe ne semble susceptible d'une traduction suivie; mais comme Sir
John Marshall en a fait aussitôt la remarque, leur seule existence achève de démontrer que l'alpha-
bet kharoshthi, dont à partir du IIIe siècle avant J.-C. nous trouvons l'usage établi dans l' « Inde
du Nord », est bien dérivé de celui dont se servaient les scribes araméens employés par les services
administratifs dans toutes les provinces de l'empire perse, depuis l'Asie Mineure jusqu'à l'Inde (1).
LES INSCRIPTIONS GRECQUES : Il n'y en a toujours aucune de connue, pas plus en Afgha-
nistân qu'au Pañjâb; et il est difficile de ne pas s'étonner de leur totale absence alors que tant de
vestiges matériels confirment la présence dans ces deux contrées au IIIe, et surtout au IIe siècle
avant notre ère, d'une colonie grecque relativement peu nombreuse sans doute, mais (tout comme
l'actuelle colonie anglaise) jouant dans la vie publique et sociale un rôle capital, hors de toute
proportion avec son effectif. Tandis que des milliers de magnifiques monnaies éternisent près de
la postérité les noms et titres de tant de dynastes par ailleurs inconnus, comment n'a-t-on pas
retourné dans un champ ou dégagé d'un vieux mur la moindre trace épigraphique de leur passage?
Nous savons que quelques officiers de la Grande Armée napoléonienne ont pris, il y a cent ans,
du service dans les troupes du monarque Sikh, Ranjit Singh : aussi nous a-t-il été donné de lire
sur une pierre tombale, dans le quartier d'Anarkali à Lahore, cette inscription en français : « Louise
Allard, six mois », et de dénicher au bâzâr de Kâbul, dans l'échoppe d'un brocanteur, une cuirasse
du Premier empire. Or, les ustensiles de fabrication grecque, que leur cachet artistique rend si
faciles à reconnaître, ne manquent pas plus à Kâpicî qu'à Taxila : comment, ici et là, les fouilles
n'ont-elles pas rendu au moins une inscription funéraire en langue et en écriture helléniques? —
A cela on pourrait répondre qu'en matière de conservation des documents, ceux-ci seraient-ils
gravés sur pierre, le temps compte pour beaucoup. Depuis le XVIIe siècle, un aventurier britan-
nique avait à Kâbul sa tombe avec une épitaphe en anglais : c'est en vain qu'on la cherche aujour-
d'hui. A plus forte raison le laps de plus de deux millénaires rend-il bien aléatoire la chance de jamais
remettre la main sur un cippe conservant le souvenir d'une de ces sentinelles les plus avancées de
l'hellénisme qu'étaient les Yavanas de l'Inde. Faut-il en désespérer cependant? Pour notre part
nous ne le croyons pas; et un précédent récent nous induit même à penser que la patiente persévé-
rance de nos successeurs pourrait être un jour récompensée. Comme le fait judicieusement observer
M. W. Tarn, il a fallu attendre presque une génération avant que les fouilleurs de Suse tombassent
enfin sur un nid d'inscriptions grecques (2); or aucune des villes anciennes mentionnées en Afgha-
nistân par nos auteurs classiques n'a encore été explorée à fond.
LES INSCRIPTIONS KHAROSHTHI. — Avec sa large compétence d'helléniste, M. W. Tarn,
dans le passage que nous venons de citer, attire également l'attention des indianistes sur un fait
qui, s'ils avaient pris soin d'y réfléchir, n'aurait pas manqué de leur paraître fort surprenant. Il
est, croit-il, sans exemple qu'en Égypte ou dans l'Asie antérieure des Grecs aient jamais utilisé
pour leurs inscriptions votives les langues et écritures indigènes. Au contraire, dans l'Inde nous
connaissons déjà un nombre impressionnant de ces proskynemata émanant de fonctionnaires ou de
trafiquants d'origine hellénique et qui néanmoins sont rédigés dans le prâkrit local et gravés en alpha-
bet kharoshthi dans l'Inde du Nord, en alphabet brâhmî dans celle de l'Ouest (3). — La cause en est,
dira-t-on peut-être, que ces dédicaces, à quelques détails de calendrier près, sont des copies mani-
festes, et d'ailleurs avouées, de formules rituelles proprement indiennes. — Nul ne songe à en
disconvenir; mais le curieux de l'affaire réside justement dans cette concession, si inattendue de
la part de l'orgueil hellénique, aux us et coutumes d'un peuple conquis. Il est impossible de ne pas
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