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0062 La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 / Page 62 (Color Image)

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doi: 10.20676/00000237
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l'avers comme au revers) et les exergues en alphabet tokhâro-grec de son monnayage. En tout
cas le prestige du nom n'est pas encore près de s'éteindre : et l'on songe à l'éclat qui environ-
nait encore le trône de Delhi alors que le Grand-Moghol n'était déjà plus qu'un jouet aux mains
des Mahrattes ou des Afghans. La fameuse inscription laudative de Samudragupta, sur le pilier
d'Allahâbâd (entre 345 et 360) le félicite d'avoir entretenu avec le Daivaputra-Shâhi-Shâhânushâhi
les meilleures relations diplomatiques. De fait, pendant sa tournée de conquêtes à travers les
Indes, il s'est toujours tenu à distance respectueuse des frontières de son collègue du Nord-Ouest
dont le sépare une zone d'états-tampons plus ou moins médiatisés : et si l'on dessine sur la carte
les limites extrêmes de l'empire Gupta, on constate, par une contre-épreuve facile, que celui du
« Fils-de-Dieu, le shâh, shâh des shâhs », s'étendant encore, au moins nominalement, à tout le bassin
de l'Indus (18). En même temps, fait nouveau dans l'histoire, l'Inde du Nord, non contente
d'absorber ses envahisseurs scythes, entreprend à son tour de coloniser la Scythie de par delà
l'Imaüs. Ses marchands se répandent le long de toutes les routes commerciales de l'Asie centrale,
où on les trouve encore ; et dans les oasis méridionales du bassin du Tarim, l'immigration indienne
est même assez forte pour qu'un prâkrit y soit employé comme langue administrative, concur-
remment avec le dialecte iranien local. Nous devons précieusement marquer au passage ce nou-
veau moment de pacifique équilibre entre l'Irân des Sassanides et l'Inde des Guptas ; par ses
heureux effets sur le développement des échanges de marchandises et d'idées, il est tout à fait
comparable (sauf que dans l'intervalle l'Irân s'est agrandi et l'Inde diminuée) à celui que nous
avons noté, six siècles plus tôt, entre les Séleucides et les Mauryas (supra, p. 209, et infra, p. 368).
Malheureusement pour la civilisation, une nouvelle crise d'excitation fébrile s'empare des
tribus de l'Asie turco-mongole et nous allons avoir à enregistrer les effets encore plus funestes
de nouvelles migrations. Faut-il reconnaître les Jouan-Jouan, c'est-à-dire les Avares, dans ces
Chionitæ, avec lesquels Shâpur II eut maille à partir, mais dont il se fit des alliés et dont, nous
dit Ammien Marcellin, il emmena un contingent, en compagnie de ses vassaux « Cuseni » et « Seges-
tani », au siège d'Amida, c'est-à-dire de Diârbekir (359) ? Que faire ensuite de ces Kidaridæ
(Kidâra, Ki-to-lo) avec qui les Perses eurent à soutenir une lutte très dure, et en qui les historiens
byzantins voient déjà des « Hounnoi » ? Bien que les Chinois les qualifient encore de Ta-Yue-tche
et qu'ils en continuent le monnayage, nous ne saurions davantage les prendre pour d'authen-
tiques successeurs des Kushâns. Sont-ce toujours les Jouan-Jouan comme le veut d'abord le Pei che,
ou, comme il dit au feuillet suivant, sont-ce déjà les Hiong-nou qui forcèrent les Kushâns à cher-
cher, ou plus exactement à se créer un asile sur le versant méridional de l'Hindûkush en con-
quérant successivement quatre royaumes (évidemment Bâmyân, le Kapiça, la Lampaka et Naga-
rahâra), puis finalement le Gandhâra ? Pour une fois le témoignage indien est ici positif : ce sont
bien des Hûnas qui pourchassèrent les Kidâras d'étape en étape, tout le long de la route de l'Inde,
jusqu'au Gandhâra et même ensuite jusqu'au Kaçmir (19). Ces Hûnas sont les Huns que nous
appelons « Hephtalites » du nom de leur dynastie, de même que la maison des Kushâns a sub-
stitué son appellation à celle des Tukhâras. Tandis que leurs congénères se répandaient à l'Ouest
sur l'Europe entière, ceux-ci prirent la route du Sud dès que leur écrasante victoire, en 484, sur
Péroz la leur ouvrit toute grande ; et leurs hordes foulèrent à nouveau les routes du Nord-Ouest
pour pénétrer jusqu'dans le Pañjâb et le Mâlva. Elles y apportaient une nouveauté, à savoir
ce don de cruauté froide qui continuera avec Chengiz-Khân et Tamerlan à rester l'attribut carac-
téristique de leur race et le principe directeur de leur stratégie. L'Inde, habituée à ne pas séparer
la notion d'humanité de celle de pitié, fut à ce point horrifiée devant un Mihirakula capable de
tuer méthodiquement trois « crores » (trente millions) d'hommes, qu'elle nous a conservé le sou-