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『東洋文庫所蔵』貴重書デジタルアーカイブ

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0092 La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2
インドからバクトリアのタキシラに到る古道 : vol.2
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 / 92 ページ(カラー画像)

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doi: 10.20676/00000237
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OCR読み取り結果

religieuses de la péninsule indienne, si bien qu'elle forme à la fois le fond originel et le tenace
liant de l'extraordinaire macédoine de rites et de croyances de tout acabit que l'on appelle d'un
mot l'hindouisme (13).

Le grand Seigneur de la Montagne. — Nous n'aurions aucun intérêt à remuer ici cette
vase séculaire si d'elle ne surgissait sous nos yeux, tel un lotus de celle d'un étang, la grande divinité
populaire du Nord-Ouest. Non que celle-ci soit une création d'un caractère original : ce n'est
visiblement qu'une adaptation locale de l'un des deux partenaires du vieux couple primordial,
source de toute fécondité et prototype de toute cosmogonie. Mais tandis que, dans des régions plus
molles de l'Asie antérieure et de l'Inde, la Grande Déesse se poussait au premier rang, ici, sur les
âpres cimes du Toit-du-Monde, le principe viril a gardé sa primauté dans la dévotion des rudes
montagnards. N'ayant pas de nom propre, mais seulement des épithètes, il est par définition le
« Grand Seigneur », Mahêçvara ; et les différentes étapes de son évolution, telle qu'il est aisé de
la restituer, se meuvent toutes dans le cercle de mythes et de rites que nous venons de définir,
depuis les plus grossiers jusqu'aux plus sublimes. Nous croyons voir sa personnalité divine se
dégager peu à peu de la tourbe autochtone des lutins et des démons de la montagne et de la forêt,
mais sans que jamais entre eux le lien originel se rompe : bon gré mal gré les mauvais esprits reste-
ront jusqu'au bout son cortège et sa cour, de même qu'il ne pourra cesser d'être leur chef et maître ;
et il en ressort clairement qu'il a commencé sa carrière surnaturelle en qualité du « Chasseur sau-
vage », à l'arc redoutable, qui mène par monts et par vaux la meute hurlante de ses hordes diabo-
liques. Nous pouvons d'ailleurs nous attendre à lui voir revêtir tour à tour, au cours de son ascen-
sion, les aspects les plus contradictoires. Tantôt il est l'époux de la belle fille de l'Himâlaya, que
son amour déchire et brûle plus qu'il ne la satisfait : tantôt il est l'ascète souverain qui emprunte
aux crêtes des glaciers leur impassibilité inviolable ; et tantôt, repris soudain par les plus bas et
féroces instincts de sa nature, il redevient le génie monstrueux de l'orgie, ivre et ityphallique, dont
la danse échevelée, illuminée par l'éclair blanc de ses dents et scandée par le tonnerre de son rire
macabre, piétine les débris croulants de l'univers. On sent assez qu'il mériterait à lui seul une
monographie, et que cette monographie devrait le suivre dans tous les pays d'Orient : il n'est ici
question que de réunir, comme contribution à son étude, les témoignages recueillis sur lui par les
anciens voyageurs dans la région du Nord-Ouest de l'Inde.

Comme il fallait s'y attendre, Hiuan-tsang n'a pas manqué, tant à l'aller qu'au retour,
de le rencontrer sur sa route, lui et ses sectateurs. Le pèlerin n'est pas plus tôt arrivé à Kâpiçî
qu'on lui montre de loin le sommet du Mont-Rouge (Aruṇa) sur lequel le dieu résidait jadis, mais
qu'il avait eu des raisons particulières de quitter pour une résidence plus méridionale dans le pays
de Jâguda, de l'autre côté du massif afghan, vers l'endroit où le fleuve Hélmand sort des montagnes.
C'est là qu'en effet, au moment de reprendre définitivement le chemin de la Chine, Hiuan-tsang
nous décrit le temple, aussi fréquenté que vénéré, dont il a entendu parler avec révérence dans
les pays d'alentour. De toutes parts les pèlerins y venaient chercher l'accomplissement de leurs
vœux et apporter en échange leurs offrandes. Aussi les richesses du sanctuaire, qui avaient déjà
excité la convoitise des empereurs sassanides, ne tarderont-elles pas à y attirer les raids des Musul-
mans dont les récits viennent confirmer les dires de notre voyageur (14). Un trait de la physionomie
du dieu sur lequel Hiuan-tsang insiste fort judicieusement mérite particulièrement d'être relevé :
c'est à savoir le mélange de sévérité et de bonté qui le caractérise, et qui est la définition même
que tout Hindou qu'on interroge donne aujourd'hui de la plus terrible et la plus serviable de ses
trois grandes divinités. Aussi bien le nom de Çuna que le Si-yu ki lui attribue n'est-il qu'un syno-