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0103 La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 / Page 103 (Color Image)

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doi: 10.20676/00000237
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par les historiens : il ne s'en marque pas moins profondément en toutes choses. Aux mangeurs de
blé et de viande et aux buveurs de vin descendus de la Haute-Asie s'opposent les végétariens et
les buveurs d'eau de la rizière orientale; aux envahisseurs jaloux de la pureté de leur sang et férus
de la hiérarchie des castes, des populations mêlées et s'accommodant fort bien de ce mélange; aux
fauteurs des sacrifices sanglants (yajña), les adeptes d'un culte innocent consistant en offrandes
de fruits et de fleurs (pûjâ); aux « Asuras » débordant de force brutale et d'orgueil, dominés par
l'esprit de convoitise et la volonté de puissance, les prôneurs des vertus d'humilité et de non-
violence, professant et pratiquant la doctrine du renoncement. Il n'est pas jusqu'au réalisme dua-
liste ou moniste et à l'optimisme invétéré des uns qui ne se heurte, du point de vue philosophique,
au pluralisme nihilistique et au pessimisme résigné des autres. Bref, il y avait aussi loin du « paga-
nisme » de l'Ariane au bouddhisme du Magadha que de celui de la Grèce au christianisme issu de
la Judée; et l'analogie générale va même jusqu'au caractère largement humain et, pour tout dire,
international de la religion nouvelle, par opposition à l'étroit particularisme des cultes anciens. —
Morale d'esclaves et de vaincus, n'auront pas manqué de déclarer les chefs de ces soi-disant peuples-
maîtres : il n'empêche que les malheureux habitants du Nord-Ouest, sans cesse foulés aux pieds
par les invasions et lassés à bon droit des horreurs de la guerre, la trouvèrent à leur goût. Tous
les témoignages s'accordent sur le succès considérable que la propagande bouddhique rencontra
dans cette âpre région qui semblait si mal prédisposée pour elle (1). Assurément elle a bénéficié
dès le début de l'appui officiel de l'administration, puisque l'empereur Açoka, converti au boud-
dhisme, veillait lui-même à l'envoi des missionnaires. Mais bientôt elle réussira à intéresser les
plus intelligents des dynasties grecs, tel Ménandre; et son triomphe sera enfin de conquérir à sa cause
dans la personne du Kushâna Kanishka l'un des plus farouches conquérants de l'Hindûstân.

A ces quelques traits se bornerait une esquisse de l'introduction du bouddhisme dans l'Inde
du Nord si nous n'avions justement pour tâche de suivre pas à pas sur notre route les signes avant-
coureurs de son arrivée et les étapes de ses progrès : car même les religions suivent les routes, et,
de ce biais, la géographie et l'histoire ont un mot à dire à leur propos. Comme les lecteurs qui
ont bien voulu nous suivre jusqu'ici devinent d'avance le plan que les faits et les lieux vont dicter
à notre exposé, nous vaut mieux que nous nous hâtions d'étaler les cartes sur la table. Quand nous
sommes venus de Bactres à Taxila nous avons déjà dû remarquer ci-dessus (p. 30) que sur le versant
méridional de l'Hindôkush la descente s'opérait en deux temps : à présent que nous allons refaire
le même trajet en sens inverse avec les missionnaires bouddhiques, il nous faudra également
distinguer à leur actif comme trois grandes enjambées successives. La première les mènera d'emblée
jusqu'au bout des dernières ramifications de la plaine indienne, au pied du plateau de l'Irân;
la seconde leur permettra de procéder à la conversion du Haut-pays ou Kôhistân; mais puisque
celui-ci, une fois atteint, se révélera comme n'étant encore que le Kôh-dâmân ou Piémont des
Montagnes Neigeuses, il leur faudra un troisième effort pour franchir celles-ci et retrouver en Bac-
triane à peu près la même altitude et la même abondance qu'à Jelâlâbâd. Ensuite s'ouvrira devant
eux, par-delà l'Oxus, la grande steppe eurasienne où nous n'aurons pas à les suivre : et voilà pour
le côté géographique de la question. Il va de soi que, du point de vue historique, à ces trois étapes
correspondront trois époques différentes et se succédant dans le même ordre. Là-dessus nos docu-
ments ne nous laissent pas réduits à des vues purement théoriques. Aux deux premiers stades de
l'expansion du bouddhisme s'attachent aussitôt deux noms dont la luminosité propre éclaire au
moins sourdement tout le tableau, à savoir ceux d'Açoka et de Kanishka; et, si la mention des
« anciens rois » qui se réfère au troisième stade est beaucoup plus confuse, souvenons-nous que ce
vague même correspond à l'obscurité croissante des temps.