National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
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de la plaquette de Taxila où le satrape indo-scythe Patika, fils de Liaka Kusulaka, nous dit qu'il
a fait rétablir une relique du Buddha Çâkya-muni qui avait été « désétablie », et a bâti à côté un
monastère. Quant au vase de stéatite trouvé dans un des « topes » de Bimarân, il aurait remplacé
au cours d'une « restauration » (nir-yâtana) le récipient qui contenait primitivement le fameux
reliquaire d'or, aujourd'hui conservé au British Museum (14).
Si nous interprétons bien ces menues indications, dont l'avenir viendra grossir le nombre,
le bouddhisme recommence donc dès avant notre ère à relever la tête après l'orage et à panser les
blessures de ses sanctuaires, voire à en fonder de nouveaux; mais on conçoit aisément que, pendant
l'époque troublée qu'il vient de traverser, sa propagation ait subi un arrêt. Assurément, le temps
travaille encore pour lui et, en dépit de toutes ces vicissitudes, il continue à s'enraciner dans le
Gandhâra et les vallées adjacentes : mais nous n'échappons pas à l'impression qu'il piétine sur
place. Aucun des monarques iraniens ne paraît se soucier d'étendre sur lui sa protection; et, remar-
quez-le, c'est à présent au tour de la tradition chrétienne de retenir le nom de Gondopharès et de
magnifier, à tort ou à raison, sa conversion. À la vérité nous nous sommes crus ci-dessus (p. 225-6)
en droit de penser que la suprématie des Kushânas s'est substituée à celle des Scytho-parthes
sans grandes luttes militaires ni profondes convulsions sociales. Il n'en reste pas moins que les deux
premiers rois de cette dynastie se donnent sur leurs monnaies comme des adeptes du culte de
Mahêçvara — ce qui, du point de vue religieux, les place théoriquement aux antipodes du boud-
dhisme. Bref, il fallut attendre Kanishka pour qu'un empereur indo-iranien prît un intérêt personnel
à la Bonne-Loi et imprimât un nouvel élan à sa propagation. Aussi la Communauté savait-elle
fort bien ce qu'elle faisait en reconnaissant en lui un second Açoka et en s'efforçant, pour corser
la ressemblance, de modeler sa légende sur celle de son précurseur. Le seul trait que le Maurya
et le Kushâna eussent réellement en commun était d'avoir manifesté en sa faveur un zèle actif
et d'avoir ouvert de vastes horizons à ses missionnaires; mais il n'en fallait pas davantage pour
qu'ils fussent confondus dans la même gratitude et la même entreprise de béatification (15).
Quiconque a présente à l'esprit l'importance que la figure de Kanishka a prise dans les
Ecritures bouddhiques s'attend à ce que, sous son règne, la Bonne-Loi ait fait d'immenses progrès;
et c'est avec de grandes expectations qu'il rouvre une fois de plus la Relation de Hiuan-tsang,
où ces nouvelles conquêtes n'auront pas manqué d'être fidèlement consignées sur leur emplacement
même... Une déception singulière attend ici les philologues qui croient pouvoir faire marcher les
faits sociaux du même pas que les initiatives individuelles. Assurément, dans le Si-yu ki le chapitre
du Kapiça est presque entièrement consacré à l'exaltation hagiographique de Kanishka, le « roi du
Gandhâra ». Tour à tour le pèlerin nous conduit au couvent où il logeait pendant le long été
ses « otages chinois », et au grand stûpa que, payant de sa personne, il bâtit et rebâtit jusqu'à ce
qu'il l'eût miraculeusement mis à l'abri des inondations périodiques du Nâga des montagnes de
Paghmân; et tout naturellement nous avons constaté que ce monument, avec son dôme surélevé
sur un corps cylindrique, avait pris l'allure des stûpa « nouveau style » du Nord-Ouest (supra,
p. 142 et pl. XXIX d). Il est donc bien attesté que, dès le règne du grand Kushâna (disons, pour
que tout le monde en tombe d'accord, au début du 1er siècle de notre ère), le bouddhisme avait
gravi les montagnes du Kôhistân et qu'il s'était fortement implanté à Kâpiçî, et sans doute aussi
dans les autres bourgades importantes du Kapiça. Mais nous aurions pensé qu'à ce moment il
avait fait mieux encore, à savoir qu'il avait déjà franchi l'Hindûkush et pris ses quartiers en
Haute-Asie, voire en Asie centrale. Or, de tout cela, il n'est pas question dans les notes de Hiuan-
tsang; ni en Sogdiane, ni en Bactriane, ni même à Bâmyân, il n'a rencontré de sanctuaire bouddhique
qu'on osât faire remonter, si grande envie qu'on en eût, nous ne disons plus jusqu'à Açoka, mais
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