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『東洋文庫所蔵』貴重書デジタルアーカイブ

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0119 La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2
インドからバクトリアのタキシラに到る古道 : vol.2
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 / 119 ページ(カラー画像)

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doi: 10.20676/00000237
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OCR読み取り結果

ment de regarder à nos pieds, et fermer les yeux sur la réaction des religions (tel le çivaïsme)
ou des idées (notamment mazdéennes) que nous savons s'être implantées dans le Nord-Ouest
longtemps avant que le bouddhisme n'y ait fait son apparition. Surtout il ne faudrait pas oublier
que l'évolution étrangement larvée dont nous voudrions relever à la trace les principaux facteurs
constituants s'est développée sur une dizaine de siècles. Dans une étude encore si obscure, et qui
restera toujours si complexe, on ne peut obtenir de résultats valables et durables qu'en demeurant
fidèle à la méthode qui consiste à distinguer aussi soigneusement les temps que les lieux.
Les Écritures bouddhiques permettent fort heureusement de contraster dès l'abord au moins deux
grandes époques. Pendant la première, qui correspond aux débuts de l'installation au Gandhâra
de la Bonne-Loi, le canon sanskritisant de la secte dominante de la région, celle des Mûla-Sarvâs-
tivâdin, solides hinayânistes, ne laisse entrevoir que par passages l'immixtion de quelques élé-
ments étrangers à l'Inde centrale et dont l'origine se dénonce elle-même. C'est seulement à partir
du IIe siècle de notre ère que des textes tels que le « Lotus de la Bonne-Loi » (Sad-dharma-puṇḍarîka)
et la « Description du Paradis » (Sukhâvatî-vyûha) commencent à proclamer des apocalypses
inédites et préludent aux verbeuses et délirantes compositions qui s'intitulent ouvertement « sûtra
du Mahâyâna » : car le nouveau yâna (litt. mode de transport), s'arrogeant d'emblée le titre de
grand, réussira à imposer désormais à l'ancien l'épithète d'inférieur (hîna). Nous pouvons donc
adopter pour commencer la ligne de démarcation dont use volontiers l'historien tibétain du boud-
dhisme, Târanâtha : « avant, ou après Kanishka ». Le règne de ce dernier semble en effet se placer
à la bifurcation des deux voies du salut, de même que le recueil du Lalita-vistara, tel qu'il nous est
parvenu, marque assez bien la transition entre l'ancien et le nouveau testament bouddhique.
Mais la seconde période, à son tour, demande à être subdivisée; ou, pour mieux dire, elle se trouve
l'avoir été, après la conquête sassanide et avant la conquête turque, par l'invasion des Hephtalites
et la persécution de Mihirakula, en attendant que l'Islam vînt sceller la tombe du bouddhisme
dans l'Inde du Nord.

Les influences mazdéennes. — La première modification qu'ait apportée l'ambiance
du Nord-Ouest à la dogmatique bouddhique concerne la personne même du fondateur. Sans doute
le Buddha était déjà considéré par les vieux Sthaviras comme un homme unique au monde, et
une branche des Mahâsânghikas en faisait même un être surnaturel (lokottara); mais le voici à
présent qui de surhomme se transforme en dieu et même en super-dieu (dévâtidéva); et, en même
temps, au témoignage formel des monuments figurés, l'Inde du Nord prend l'initiative d'adorer
et de multiplier son idole. Dans cette apothéose et ce culte de latrie faut-il simplement voir les
résultats accumulés d'une dévotion déjà séculaire ? Ou le Çâkya-muni ne les doit-il pas plutôt
au fait que sa noble et sereine figure se trouvait à présent proposée à la vénération de gens qui
avaient la tête plus mythologique et possédaient en outre le talent de revêtir d'une forme plastique
leur idéal religieux ? Nous aurons à revenir sur cette question dans notre prochain chapitre;
mais dès à présent nous apercevons au moins deux raisons qui plaident en faveur de la seconde
hypothèse. C'est d'abord que rien de pareil ne s'était encore produit dans l'Inde centrale; c'est
ensuite que Kâma-Mâra, l'antagoniste mythique du Buddha, a subi dans les mêmes lieux et vers
le même temps une transformation parallèle. Assurément nous n'avons affaire, cette fois encore,
qu'au développement d'une idée déjà reçue dans les vieux cercles bouddhiques. Il ne se pouvait
pas que le génie indien qui, combinant en une seule personne le Pothos et le Thanatos des Grecs,
personnifie à la fois l'Amour et le Trépas, ne fût par définition, et dès l'origine, l'ennemi juré
du religieux qui était venu apporter aux hommes et aux dieux le salut par la suppression du désir;