National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
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ci-dessus (p. 274), à savoir que l'adhésion à la Bonne-Loi n'impliquait de la part de l'*upāsaka*
aucune apostasie et qu'il n'y avait à cette religion en partie double aucun empêchement théorique
ni même pratique, si l'on en juge par la façon dont de nos jours shintoïsme et bouddhisme vivent
côte à côte au Japon. Il est vrai; mais en fait les difficultés ne tardaient pas à naître du moment
que la secte rivale avait, elle aussi, des desservants attitrés (en l'espèce les Pâçupatas), qui fort
naturellement disputaient à la Communauté bouddhique les libéralités de leur commun zélateur;
et il était parfois moins facile pour ce dernier de partager sa bourse que son cœur. Le meilleur moyen
de couper court à ces tiraillements et de donner tout apaisement aux scrupules des fidèles laïques
était évidemment de leur fournir, en même temps que des doctrines eschatologiques et des préceptes
de morale, une divinité protectrice créée à leur usage particulier, mais sur le modèle même de leur
*ishṭa-dêvatâ* ancestrale (4). En définitive ce n'était là qu'une application de cette « politique des
aumônes » que les nécessités de la concurrence vitale avaient contraint les sectes mendiantes à
élaborer et dont les récits des textes reflètent à chaque pas les combinaisons souvent plus ingé-
nieuses qu'édifiantes.
Des considérations de ce genre n'ont pas été étrangères au parti que prit bientôt la Com-
munauté bouddhique de se fabriquer, en marge des dieux locaux dont elle ne contestait pas l'exis-
tence, un panthéon qui ne fût qu'à elle et l'accompagnât partout où elle pénétrait. Mais ne crée
pas un panthéon qui veut : elle ne put faire autrement que d'employer à cet effet les deux seuls
types d'êtres surnaturels dont elle disposât en toute propriété, à savoir les Buddhas et les Bodhi-
sattvas, sauf à les transfigurer, à les multiplier et à les projeter en tout sens dans les infinis du
temps et de l'espace : éblouissant feu d'artifice dont l'extravagante prodigalité dissimule mal la
pauvreté des moyens utilisés pour l'obtenir. Encore n'est-il pas sûr que toute cette mythologie fût
aussi originale qu'on le souhaitait et ne dût effectivement rien à personne. Parmi les Bodhisattvas,
à commencer par Avalokitéçvara et à continuer par Vajrapâni et Mañjuçrî, plus d'un n'est que le
travestissement bouddhique d'une divinité populaire, et c'était d'ailleurs là le meilleur gage de
leur succès (5). Quant aux Buddhas purement spéculatifs ou métaphysiques (*Dhyâni-Buddha*),
entités supra-sensibles dont l'essence éthérée renchérit sur la nature réputée à présent trop gros-
sière des sept Buddhas humains (*Mânushi-Buddha*), mais qui, selon la mode nouvelle, ne sont plus
qu'au nombre de cinq, ils rappellent aussitôt avec leurs noms parlants les grandes figures allégó-
riques en qui le Zoroastrisme se plaisait à personnifier les puissances du Bien. Le premier dont
l'existence nous soit attestée dès le IIe siècle par la date de la première traduction chinoise du
*Sukhâvatî-vyûha*, et qui continue à être au Japon l'objet de la dévotion d'une secte piétiste, n'a
même pris aucun soin de nous déguiser ses origines. Son vocable est Amitâbha, « Lumière-infinie »;
la région où il siège avec ses élus est l'Occident; pour désigner le bienheureux séjour vers lequel
il guide et où il accueille les âmes de ses fidèles — rappenant ainsi à son compte le rôle du Mithra
des mystères — nous ne pouvons mieux faire en français que d'employer un mot d'origine persane,
celui de « paradis »; et pour couronner le tout, c'est un prince parthe qui se chargea de propager
son culte jusqu'en Chine. Les autres figures de son groupe ont un relief et un rôle plus effacés;
mais avec les cinq localisations, les cinq couleurs, les cinq éléments, les cinq sens qui leur corres-
pondent, tous reflètent de près les spéculations alors en vogue sur les anciens Amesha-spentas de
l'Avesta, devenus les cinq Amahrâspans ou Amshaspands. Bien entendu, de chacun d'entre eux
émane, en qualité de fils spirituel, un Dhyâni-Bodhisattva; et quand enfin (dès le IVe siècle à ce
qu'il semble), pour compléter cette constellation d'esprits lumineux, les cinq Dhyâni-Buddhas
eux-mêmes seront censés n'être que les émanations, les hypostases d'un Âdi-Buddha ou Buddha
primordial, bien subtil et remarquablement informé sera celui qui, quelque jour, mesurera selon
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