National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
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quelle proportion le Brahmâ indien et le Zarvân iranien, sans parler du « Père » ineffable des gnos-
tiques, sont entrés dans la composition de ce nouvel Être suprême (6).
L'INFLUENCE DES IDÉES JUDÉO-CHRÉTIENNES. — Une fois engagés sur la piste des influences
mazdéennes, c'est-à-dire de celles dont l'action locale s'explique le plus aisément par tout ce que
nous savons déjà de l'histoire de l'Inde du Nord, nous avons cru devoir les suivre jusqu'à leur plein
épanouissement. Mais nul n'ignore que dès les premiers siècles de notre ère ce que nous appelons
l'Orient proche, en deçà de l'Irân, a été le théâtre de mouvements religieux considérables qui
provoquèrent et que provoqua une large diffusion des idées judéo-chrétiennes et gnostiques. Même
au cours de cette brève et superficielle esquisse on comprendrait mal que nous ne nous inquiétions
pas de savoir si cette ardente propagande n'a pas lancé quelques agents dans l'Inde. Notre silence
à cet égard se justifierait d'autant moins que pour chacun de ces deux ordres de doctrines l'histoire
nous fournit enfin un nom d'homme auquel rapporter leur introduction dans l'« Orient moyen »;
et ci-dessus (p. 221) nous avons dû reconnaître que les récits qui nous sont parvenus au sujet
des voyages de saint Thomas et d'Apollonios de Tyane dans la région indo-iranienne, bien qu'ils
n'aient été rédigés que cent cinquante ans plus tard, contiennent plus d'un trait vérifiable par
l'épigraphie ou l'archéologie. Quel a pu être le résultat de l'apparition, après tout possible, sur les
confins occidentaux de l'Inde, dès le milieu du Ier siècle, d'un propagateur du christianisme et
d'un précurseur de la gnose ?
Occupons-nous d'abord de l'apôtre. Nous n'avons pas à refaire ici une étude critique de
sa légende. Nous ne dirons même pas qu'elle nous apprend, mais simplement qu'elle illustre des
faits que nous connaissions par ailleurs et qui ont leur importance pour notre sujet, notamment
l'existence dans les ports ouverts du Koñkan et les marchés du Gandhâra de courtiers et de mar-
chands syriens, palestiniens, nabatéens, égyptiens, en un mot levantins, sans parler d'une joueuse
de flûte juive. Il n'y a donc aucun empêchement théorique à ce que dès lors et par leur intermé-
diaire (car on cause beaucoup dans les caravansérais et une belle histoire se propage vite) il se
soit glissé dans les biographies du Buddha qu'on s'était mis en devoir de composer quelque trait
qui se retrouve dans la tradition chrétienne; et si un emprunt de cette sorte s'est produit, ce qui
reste à démontrer, il y a toutes chances pour qu'il s'agisse d'un de ces contes miraculeux que recueil-
laient vers le même temps les évangiles apocryphes de l'Enfance. A vrai dire les exégètes européens
ou japonais qui se sont occupés de la question l'ont prise au rebours et se sont avant tout inquiétés
de dépister les emprunts faits par les Évangiles à la légende bouddhique. A cet effet, ils ont indus-
trieusement rassemblé toute une collection de ces passages parallèles ou prétendus tels (7). Si nos
lectures nous permettent d'avoir à ce sujet une opinion, nous ne dissimulerons pas qu'aux yeux
du philologue ces rapprochements ne prouvent pas grand-chose. L'expérience est facile à faire.
Même dans les cas en apparence les plus favorables, surtout si on les présente d'un certain biais — tel
celui du vieillard Siméon et du vieux rishi Asita prenant l'un et l'autre dans leurs bras l'enfant
prédestiné et prédisant sa grandeur future — l'analogie au premier abord si frappante s'évanouit
dès qu'on ouvre côte à côte les textes grec et sanskrit : ni la situation ni les sentiments exprimés
par le prophète inspiré ne correspondent de part et d'autre. Il en va de même des miracles dont
le Lalita-vistara embrasse la conception de l'enfant-Buddha; encore qu'il insiste sur le caractère
immaculé de celle-ci et que saint Jérôme en doive plus tard tirer un argument d'apologétique
chrétienne, aucune de ses élucubrations ne cadre avec les récits de l'Annonciation, fût-ce avec le
plus circonstancié de tous, celui de saint Luc : et il existe d'ailleurs à l'arrière-plan des deux légendes
un précédent zoroastrien. Bref, chaque ligne des évangiles, en fait contemporains dans leur rédac-
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