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『東洋文庫所蔵』貴重書デジタルアーカイブ
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
| インドからバクトリアのタキシラに到る古道 : vol.2 |
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Inutile, dans l'espoir d'obtenir une réponse nette à cette question, de se retourner vers les
intéressés : de part et d'autre silence complet sur cette rencontre. Mais ne le voit-on pas clairement
de nos jours ? En vain nombre de missions sont-elles incessamment envoyées par l'Europe, à
qui d'ailleurs l'Asie s'apprête à rendre enfin la pareille : trop différents dans leur dogmatique, trop
semblables dans leur morale, jamais le christianisme ni le bouddhisme n'ont réussi à mordre
profondément l'un sur l'autre. Ne nous attendons donc pas à ce qu'il nous revienne aucun bruit
ni de conversions en tel ou tel sens, ni même de polémiques réciproques : mais, pour tacites qu'elles
soient restées, n'y a-t-il pas eu de relations doctrinales entre les deux Églises ? Du début du IIIe à
la fin du Ve siècle l'une et l'autre travaillent, sous l'influence partout répandue de la gnose, à se
fabriquer ce qu'elles ne possédaient pas encore, ce qui était même la dernière chose que leurs fonda-
teurs respectifs eussent songé à leur léguer, à savoir une métaphysique. Leurs spéculations prennent,
il va de soi, une tournure fort différente, plus critique dans l'Inde, plus pragmatique en Asie mineure.
Tandis qu'un Nâgârjuna ou qu'un Asaṅga s'appliquent à dissoudre la réalité de l'univers sensible
en un nihilisme ou un idéalisme transcendantal, les Pères de l'Église grecque s'efforcent avant tout
de mettre sur pied leur théodicée trinitaire. Mais il est au moins un problème commun auquel
docteurs chrétiens et bouddhistes devaient fatalement se heurter au seuil de leurs méditations
philosophiques : Comment expliquer la coexistence en une seule et même personne, celle de leur
Maître, de l'humanité du personnage historique avec la divinité du Sauveur théologique ? Nous
avons déjà dû signaler (supra, p. 285) le parti qu'avaient pris de bonne heure les Lokottaravâdin
d'attribuer au Buddha un caractère purement surnaturel. C'était nier la question pour la résoudre
et, en langage chrétien, professer l'hérésie docétique (1er siècle). Mais si la doctrine orthodoxe devait
sortir, ici comme là, d'un effort de conciliation, elle n'était pas pour cela plus facile à trouver.
Nous n'avons pas à entrer dans les longues discussions qui divisèrent les théologiens d'Occident
et semèrent la zizanie dans leurs conciles : le lecteur sait où en chercher l'exposé. Ce que peut-être
il sait moins, c'est que les mêmes questions furent également débattues dans les cercles bouddhiques
et aboutirent à une solution analogue — seulement, more indico, plus subtile. Au lieu de se perdre
dans des querelles sans issue à l'instar des monophysites versus les dyophysites, les docteurs du
Mahâyâna se firent « triphysites » : en d'autres termes, ils tombèrent d'accord pour inventer une
troisième « nature » mixte qui, servant de transition entre les deux autres, la divine et l'humaine,
aidait tant bien que mal à combler l'abîme qui sépare celles-ci. Ainsi naquit la théorie bien connue
des trois kâya ou, comme on traduit d'ordinaire, des « trois corps » du Buddha. Dès 1913, M. Mas-
son-Oursel a montré que ce mot kâya est en fait dans la bouche des Mahâyânistes l'équivalent
sanskrit du mot grec physis dans celle des Jacobites ou des Nestoriens. Malheureusement, au
moment où écrivait l'excellent connaisseur de la philosophie orientale, le Mahâyâna-çraddhotpâda
passait pour être une œuvre d'Açvaghosha et par suite pour remonter au début du IIe siècle de
notre ère, ce qui coupait court à toute supposition d'un lien immédiat entre les vues qui s'y trou-
vaient exposées et celles que Théodore de Mopsueste (350-428) ne devait mettre en circulation
que près de trois cents ans plus tard. A présent que l'érudition japonaise a fait redescendre ce traité
bouddhique jusqu'au Ve siècle, ce malencontreux obstacle tombe et l'ordre naturel des choses
se rétablit. Nous laisserons à de plus experts la question de savoir si l'indéniable rapport qui
existe entre la christologie byzantine et la bouddhologie de la période Gupta doit être classé comme
un fait de syncrétisme ou seulement de parallélisme : ce qui est désormais avéré, c'est leur syn-
chronisme (9).
LE BOUDDHISME ET LA GNOSE. — Nous restons persuadés que des recherches plus serrées
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