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Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
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découvriraient encore d'autres rapprochements à faire entre telle secte grecque ou égyptienne,
syrienne ou mésopotamienne et celles qui commencent dès lors dans l'Inde à se réclamer ouverte-
ment du Mahâyâna. Encore y aurait-il lieu de décider, selon les espèces et selon les dates, s'il
s'agit ou non d'un emprunt et, dans ce cas même, de quel côté se trouve le preneur. De toutes
façons il nous faut une fois de plus revenir en arrière pour reprendre à l'origine cet autre fil, lui-
même des plus complexes, de l'écheveau que nous tâchons de débrouiller. Comme dans le cas de
l'apôtre Judas Thomas, la miraculeuse biographie du thaumaturge néo-pythagoricien Apollonios
de Tyane n'a été rédigée qu'au début du IIIe siècle; et les chrétiens ne manquèrent pas d'y voir
une manœuvre de contre-offensive paiene. La nouveauté que pour notre part nous y découvrons
est des plus intéressantes pour notre sujet. Apollonios nous est présenté comme faisant le voyage
de l'Inde, non pour y enseigner, mais pour s'instruire auprès de ses sages. C'est en effet le temps
— coïncidant, il faut l'avouer, avec la décadence de la science et de la philosophie en Europe —
où celle-ci, dépouillant son orgueil, consent ouvertement à se mettre à l'école de l'Asie, à embrasser
ses religions salvatrices, à se bercer des mêmes rêveries astrologiques et cosmologiques. On se
plaît alors à faire non seulement de Pythagore, mais de Démocrite d'Abdère et de Platon, des
disciples des Mages et des Chaldéens (10). Plotin se joint à l'expédition du jeune et infortuné
Gordien contre Shâpur Ier (244) avec l'idée d'aller boire aux sources de la sagesse mésopotamienne;
et sans doute, si l'occasion lui avait été offerte d'aller vérifier les prodigieux pouvoirs spirituels
qu'on attribuait aux brahmanes de l'Inde, ne l'aurait-il pas saisie avec moins d'empressement.
Il est inutile d'insister sur la portée de ce renversement de l'attitude mentale de la moitié du Vieux
monde à laquelle, du fait que nous lui appartenons, nous avons coutume d'attribuer constamment
le premier rôle dans l'histoire de la civilisation. Le courant déterminé par le niveau supérieur de
la culture hellénique et que nous avons tout à l'heure décrit comme portant régulièrement à l'Est,
hésite, s'arrête et ne tardera pas à refluer en sens inverse. Les remous provoqués par ces oscil-
lations font remonter à la surface de toutes les littératures, hellénistique, copte, syriaque, pehivie,
sanskrite, sogdienne, chinoise, le vieux sédiment des croyances et des mythes asianiques, seulement
rajeuni par un éclectisme sans frein, renforcé par des emprunts à toutes les Écritures saintes,
coloré de mystère et d'ésotérisme, et traversé dans ses couches supérieures d'inspirations néo-
platoniciennes. C'est ce qu'on appelle en gros la gnose (jñâna) et la diversité de ces apports explique
qu'il existe des histoires séparées du gnosticisme paien, chrétien, maguzéen, etc... Mais désormais
nous devons envisager ce trouble et confus mélange d'un point de vue différent, non plus
pour y discerner ce que l'Inde y a puisé, mais au contraire quelle contribution il se peut qu'elle lui
ait apportée en échange : car ce contre-courant doit avoir charrié vers l'Occident, parmi toutes les
bribes de doctrines qu'il tenait en suspension, quelques parcelles de bouddhisme.
Laissons ces trop commodes métaphores, et enquérons-nous plutôt des agents possibles
d'une telle transmission. On suggérera aussitôt les voyageurs professionnels que sont les marchands;
on citera une fois de plus le témoignage oculaire de Strabon sur les 120 bateaux qu'il a vus en
partance pour l'Inde dans le port de Myos-Hormos, ou encore le passage de Dion Chrysostome
sur la présence à Alexandrie « de Bactriens et de Scythes, de Persans et d'Indiens ». Nous sommes
tout prêts à croire que, dès la fin du Ier siècle, la population des ports égyptiens et syriens comme
celle des ports ouverts de l'Inde était fort cosmopolite : mais nous ne saurions nous satisfaire à
si bon marché. On oublie d'ajouter que ce même Strabon déplore l'esprit naturellement borné de
tous ces « emporikoi » : s'ils sont incapables de rapporter au géographe des renseignements de
quelque valeur, comment ces gens du commun (idiôtai) se feraient-ils les truchements de doctrines
religieuses ou philosophiques ? Tout au plus, comme nous l'avons admis ci-dessus (p. 289), auront-ils
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