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『東洋文庫所蔵』貴重書デジタルアーカイブ
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
| インドからバクトリアのタキシラに到る古道 : vol.2 |
引用情報
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été bons à colporter quelques contes. Parmi les soi-disant intellectuels eux-mêmes il y a des dis-
tinctions à faire. Si l'on en juge par ce qui se passait de nos jours, le fait que tel chef de secte théo-
sophique, comme Térébinthe, s'attribuait le titre de Buddha ne prouve pas le moins du monde
qu'il eût une connaissance tant soit peu sérieuse de la pensée, ni surtout de la littérature boud-
dhique. Les écrits d'hommes comme Bardesane et Clément d'Alexandrie, beaucoup moins suspects
de charlatanisme, attestent seulement que des renseignements nouveaux et précis, mais toujours
superficiels, leur étaient parvenus sur les samana, leurs règles monastiques et leurs édifices religieux.
C'est seulement vers le milieu du IIIe siècle qu'avec Mâni (215-276) toutes ces suppositions et ru-
meurs vagues prennent soudain un corps solide et un relief singulier. D'après le passage que nous
a conservé Al-birûni de son Shâhpuraghân, le nouveau prophète, né en Babylonie d'une bonne
souche iranienne, déclare lui-même qu'il est venu mettre le sceau aux trois révélations successives
que les trois messagers de Dieu, ses prédécesseurs, ont apportées, le Buddha à l'Inde, Zoroastre
à la Perse et le Christ à l'empire romain. Ecrivain, artiste et médecin en même temps que vision-
naire, il semble que si soit, philologiquement parlant, autorisé à émettre cette prétention que l'his-
toire n'a pas ratifiée. Même s'il ne savait pas le grec, il a pu lire dans sa langue maternelle le Nouveau
Testament, dès lors traduit en syriaque, et s'initier à travers Bardesane aux idées des gnostiques
chrétiens; en fait d'ouvrages zoroastriens, il a eu à sa disposition ceux que les derniers Arsacides,
sentant venir le réveil nationaliste et religieux qui devait renverser leur dynastie, s'étaient préoc-
cupés de réunir; du bouddhisme enfin il serait allé prendre connaissance sur place, et ceci nous
regarde directement (11).
A présent que nous savons que, contrairement à ce que l'on pensait après Al-birûni, ce
voyage a précédé de bien des années le bannissement et le long exil du prophète, il semblait se
replacer de lui-même dans son cadre historique. A l'avènement de Shâpur Ier (241), son frère, le
prince Péroz, avait été nommé par lui « grand roi des Kushâns » (cf. supra, p. 227) et, selon toute
vraisemblance, c'était sous le haut patronage du suzerain de la région indo-iranienne, son protec-
teur attitré, que Mâni, aux environs de la trentaine, avait dû et pu librement circuler dans l'Inde
du Nord et s'initier de ses yeux ou par interprète à la doctrine comme à la discipline bouddhique.
Vanité des hypothèses les plus séduisantes ! Voici que les fragments de ses Kephalaia récemment
retrouvés en Egypte nous apprennent que « c'est dans la dernière année du roi Ardeshir (donc
dès 240) qu'il fit sur un vaisseau la traversée vers le pays des Indiens et leur prêcha l'Espérance
de la vie »; et dès l'avènement de Shâpur, il revint, toujours par mer, de l'Inde en Perse. On ne
nous dit malheureusement pas à quels ports il prit la mer ou débarqua, ni non plus jusqu'où il
étendit ses pérégrinations à l'intérieur du pays. Autre question, plus délicate encore à résoudre :
de cette authentique mais courte tournée de prédication et d'études, qu'a-t-il rapporté ? On
songe aussitôt à l'emprunt caractéristique que de tout temps se sont empressés de faire à l'Inde
les théosophes de tout pays, à savoir la croyance à la transmigration des âmes. Al-birûni, fort
au courant des Ecritures manichéennes, écrit sans hésitation aucune : « Quand Mâni... s'en alla
dans l'Inde, il apprit la métempsychose des Hindous et l'introduisit dans son propre système... »;
et tous les témoignages latins, grecs, arabes, syriaques, sogdiens, turcs ou chinois réunis par W. Jack-
son confirment cette assertion. A la vérité Mâni aurait apporté à ce vieux dogme quelques modi-
fications théoriques; il paraît n'avoir employé ni le mot mal fait de métempsychose (qui devrait
signifier le passage de plusieurs âmes par le même corps), ni celui plus exact de métensômatose,
mais celui de « transvasement » (metagismos, entendez : des particules de lumières dans des corps
de plus en plus épurés). Seulement il en fut de son enseignement comme de celui du Buddha dans
l'Inde même où, tandis que les docteurs s'évertuaient à expliquer par des paraboles comment il
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