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0137 La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 / Page 137 (Color Image)

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doi: 10.20676/00000237
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jusqu'à nos jours grâce à son isolement insulaire, et a passé de là en Birmanie, au Siam, au Cam-
bodge et au Laos; c'est ensuite que le bouddhisme modifié, tel qu'il a été ou est encore pratiqué
en Asie Centrale et en Extrême-Orient, s'y est propagé à partir du Gandhâra, à travers la Bac-
triane et la Sogdiane, à la faveur de la fondation du grand empire barbare des Kushânas. Il devient
donc évident que c'est dans ce pays, aux confins Nord-Ouest de l'Inde et à l'amorce des routes
de la Haute-Asie, qu'a pris naissance et qu'à partir du IIe siècle de notre ère s'est affirmée la scission
qui a coupé le bouddhisme en deux grands tronçons nettement distincts. Car cette fois, il ne s'agit
plus simplement de subdivisions sectaires du genre de celles qu'avaient déjà provoquées dans
l'Inde centrale des discussions sur des points épineux du Vinaya ou du Dharma ; à présent c'est
la conception même du salut et des moyens préconisés pour l'atteindre qui s'est complètement
renouvelée au contact d'une autre civilisation.

Assurément, l'espèce de « plan des opérations » qui s'impose ainsi spontanément à nous est
beaucoup trop schématique. Les manifestations de l'esprit humain, surtout en matière religieuse,
ne sont jamais simples et l'on ne peut guère porter sur elles de jugement qui n'appelle aussitôt un
correctif. Nous n'ignorons plus que jadis nombre de notions et d'images mahâyâniques se sont
infiltrées en Indo-Chine et ont été convoyées à bord des navires jusqu'à Java. Nous n'oublions
pas non plus que l'un des initiateurs du Mahâyâna, Açvaghosha, et son grand champion Nâgâr-
juna nous sont donnés comme originaires de l'Inde Centrale. Dans l'Inde du Nord elle-même, nous
l'avons dit, l'importante secte hînayâniste des Mûla-Sarvâstivâdin, appuyée sur l'autorité de son
canon rédigé en sanskrit, a longtemps prédominé et a dû opposer une forte résistance aux inno-
vations des modernistes. Il semble que ce soient ses docteurs qui aient poussé Kanishka à prendre
l'initiative de ce concile de Kaçmir qu'on a pu comparer à celui de Trente, en ce sens que lui aussi
a consacré la rupture qu'il prétendait éviter et permis à la « Réforme » bouddhique d'achever de
prendre conscience d'elle-même. L'historien doit évidemment tenir compte de ces inévitables
contre-courants; et, ainsi que le lecteur en a déjà été averti (supra, p. 284), il n'entre nullement
dans nos intentions de passer sous silence et encore moins de nier les contributions de tout ordre,
mythologique, « tantrique », « yoguique », philosophique, qui ont été apportées par l'Inde médiévale
à ce déconcertant complexe de théories et de pratiques qu'on est convenu d'englober sous l'éti-
quette de « Grand véhicule ». Il n'en reste pas moins que la convergence constante des nombreux
indices ci-dessus rassemblés et qui tous pointent vers le Nord-Ouest de l'Inde ne saurait nous déce-
voir. C'est par là, par le couloir de toutes les grandes influences comme de toutes les grandes inva-
sions, qu'a pénétré l'esprit nouveau qui soufflait d'Occident; c'est là qu'au sein d'une population
des plus composites il a trouvé un terrain favorable pour les inspirations d'amour divin et de charité
humaine, les promesses de prompt salut et les espoirs messianiques qu'il apportait; c'est enfin
de là que, comme d'une nouvelle Terre sainte, il a repris son vol, entraînant pêle-mêle avec lui,
dans le sillage du néo-bouddhisme, manichéisme et nestorianisme jusqu'aux rives du Grand Océan.
Comme nous l'avions naguère pressenti (24) et comme nous avons, croyons-nous, achevé de le
démontrer, par bien des côtés — on pourrait même dire sous ses aspects les plus saillants et aussi
les plus attrayants pour des gens qu'aurait rebutés une religion trop exclusivement et étroitement
indienne — le Mahâyâna est moins un rejeton direct du vieux tronc magadhien qu'un provigne-
ment gandhârien de ce gnosticisme qui a gagné à partir de notre ère tout le Proche-Orient; et c'est
en définitive dans la région indo-iranienne qu'il faut aller chercher les origines des modifications
doctrinales et disciplinaires comme des créations iconographiques qui différencient encore le boud-
dhisme dit « du Nord » de celui de la Basse-Asie.