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0172 La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 / Page 172 (Color Image)

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doi: 10.20676/00000237
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dans toute son ampleur, et nous invite impérieusement à restreindre ce que nous embrasserons
sous le nom d'école du Gandhâra. Reste à savoir ce que nous sommes déjà en mesure de retenir :
car nous n'avons pas l'outrecuidance de vouloir épuiser le sujet, et nous n'oublions pas que le pré-
sent ouvrage, aussi bien en histoire qu'en géographie ou en archéologie, n'est qu'un rapport de
prospection destiné à orienter les recherches de nos successeurs.

La Peinture. — Nous nous sommes déjà suffisamment lamentés ailleurs sur la perte
quasi totale de la peinture gandhârienne, et les vingt ans écoulés depuis lors ne nous ont apporté
que de minces consolations. Assurément la publication des fresques de Bâmyân nous a à tout le
moins fourni la transition entre celles de l'Inde et celles de l'Asie centrale : car on y trouve côte
à côte des représentations de génies volants qui ne dépareraient pas les fameuses grottes d'Ajantâ
et de monotones poncifs iconographiques qui pourraient aussi bien faire partie de la décoration
des Ming-öi du Turkestân chinois. Les fouilles de Haḍḍa ont également rendu quelques débris
de peinture et une magistrale esquisse de la conversion du brigand Angulimâla. Mais il y a peu d'appa-
rence qu'aucune fouille nous restitue jamais les fresques qui, nous le savons, décoraient les couvents
bouddhiques aux environs de Pushkarâvati et de Purushapura comme de Po-lou-cha, et nous devrons
à jamais déplorer la perte des tableaux qui ont été encore admirés par les pèlerins chinois et dont
la vue tirait des larmes aux Huns eux-mêmes. La destruction quasi totale de ce qui fut sans doute
la plus belle moitié de l'école ne nous touche pas moins du point de vue historique qu'artistique.
Nous ne devons pas seulement faire notre deuil de pathétiques chefs-d'œuvre, mais avec eux des
documents qui auraient le mieux éclairé pour nous les origines de l'art gréco-bouddhique et permis
le dosage le plus exact de la part de l'influence hellénistique dans sa production. Pour notre part,
nous restons plus que jamais persuadés que c'est sous le pinceau d'un peintre et non sous le ciseau
d'un sculpteur que la première image du Buddha a pris naissance. Les conditions spéciales des
deux métiers le donnent assez à penser. Qu'un croquis soit infiniment plus vite fait qu'une maquette,
c'est ce que savent tous les sculpteurs, qui d'ordinaire commencent par jeter leurs idées sur le
papier ; et si cette sorte de vraisemblance intrinsèque ne paraissait pas convaincante, nous tenons
encore une autre preuve. Jamais les statues de pierre du Buddha n'auraient arboré l'orbe si lour-
dement massif de leur nimbe si celui-ci n'avait pas déjà traditionnellement encadré d'un trait
léger la tête de ses images peintes. Nous ne pouvons nous ôter de l'esprit la conviction que, si
quelques-unes de celles-ci avaient été conservées, la contemporanéité des derniers dynastes et
des premiers Buddhas indo-grecs ne serait plus un postulat vraisemblable, mais un fait dûment
établi (30).

Les Arts mineurs. — L'effroyable mutilation de l'école — imaginez une de ces statues
ardha-nârî de Çiva-Pârvatî dont la moitié féminine serait complètement défitée — nous aide à
consentir par surcroît un sacrifice beaucoup plus léger : nous voulons parler de l'étude à peine
commencée, bien que moins maigrement documentée qu'on ne pourrait croire, des bronzes, des
coupes, des cupules à onguents, des pierre gravées, des camées, des bijoux d'argent et d'or, et
généralement de tous les objets d'art industriel qui sont sortis des fouilles du Nord-Ouest. Ce n'est
pas que nous méconnaissions l'intérêt qu'ils présentent pour l'historien aussi bien que pour l'anti-
quaire : mais les monographies qu'ils méritent n'ont pas encore été mises au point. C'est à peine
si Sir John Marshall a trouvé le temps de consacrer quelques pages aux bijoux découverts par lui,
ornements de turban, pendants d'oreille, bagues, bracelets et colliers incrustés de pierreries,
étuis à amulettes, etc. : toute une orfèvrerie que Marco Polo a encore vue de ses yeux sur la personne