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『東洋文庫所蔵』貴重書デジタルアーカイブ
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
| インドからバクトリアのタキシラに到る古道 : vol.2 |
引用情報
OCR読み取り結果
— autrement dit dans un des dialectes du Nord-Ouest de l'Inde — la racine çav, inusitée en sans-
krit, était employée pour désigner l'action de « se mouvoir » : or cette racine šav, d'usage courant
avec cette acception en avestique comme en pehlvi, survit jusqu'à nos jours en persan dans la con-
jugaison du verbe shudan. D'autre part, bien que le nom de l'alphabet kharoshthi ait été estropié
au point de devenir inintelligible et ait par suite fourni matière à bien des suppositions, nous pensons
avec M. Przyluski que le plus simple est de le ramener à une étymologie iranienne et d'y voir
l'écriture sur khara-post, « la peau d'âne », ainsi que nous appelons aussi le parchemin. Dans les
inscriptions même d'Açoka les mots dipi et nipista sont manifestement empruntés au perse, tout
comme le formulaire de ses édits (4). Toutefois, quand le vice-roi de Taxila reçoit l'ordre de porter
à la connaissance de ses administrés les proclamations du grand empereur magadhien, s'il doit
employer l'écriture kharoshthi sous peine de n'être pas lu, c'est en moyen-indien du Nord-Ouest
que, pour être compris de ses lecteurs, il en publie le texte : preuve qu'à défaut du sanskrit devenu
archaïque, le moyen-indien s'était vigoureusement maintenu dans l'usage local. Qu'il en fût de
même non seulement dans la patrie de Pāṇini, mais sur tout le versant sud de l'Hindûkush à
partir du Kapiça, c'est ce que va nous attester pour bien des siècles l'usage que les rois et satrapes
grecs, parthes, scythes ou tokhâres, aussi bien que leurs sujets, continuent à faire de ce prâkrit,
les uns sur leurs monnaies bilingues, les autres sur les inscriptions votives qui ont été retrouvées
du Vardak à Mānikyāla.
Ici intervient un épisode qui parut non moins surprenant aux yeux des contemporains
qu'aux nôtres. A la faveur des progrès accomplis par l'hellénisation de l'Asie antérieure, le grec
commun a failli être appelé à jouer dans le Moyen-Orient, aux environs de notre ère, le rôle de
langue internationale des affaires diplomatiques ou commerciales qui devait plus tard échoir au
persan ; et, détail accessoire mais non sans valeur indicative, l'alphabet grec plus ou moins défiguré
persista jusque sur les dernières monnaies kushāno-sassanides. Mais, qu'on doive ou non le
regretter, cette mode fut brève ; et Sénèque était bien inspiré quand, dans sa Consolation à
Helvia, il cite comme un exemple de l'instabilité des choses humaines « cette langue macédonienne
qui se parle entre Perses et Indiens ». Assurément les drogmans en toutes langues n'ont jamais
fait défaut en Orient : mais dès le IIe siècle de notre ère, à partir du moment où les barbarismes
se glissent dans les légendes des monnaies parthes, la « koinè » sort de l'usage courant aussi bien
en Irân que dans l'Inde occidentale, sauf toutefois dans les cercles et chancelleries de la cour
sassanide et sur les quais des ports de la mer Érythrée : car Shâpur Ier affiche encore des inscrip-
tions bilingues, et Kosmas Indikopleustès est le contemporain de Song Yun.
En revanche, une sorte de pehlvi est dès lors en train de s'étendre vers l'Est le long des
routes afghanes. A lire attentivement Hiuan-tsang, on recueille l'impression qu'au Kapiça il
a traversé une double frontière linguistique. Il a pris soin de nous avertir lui-même que l'idiome
local de la conversation n'y est plus celui du Tokhârestân : mais que ce ne soit pas non plus un
dialecte indien, c'est ce dont, sans le vouloir, il nous apporte la preuve. Fier de sa connaissance
de la langue sacrée de l'Inde, et suivant une manie fréquente chez les sanskritistes, quand on lui
donne pour l'une des collines des environs de Kâpiçi le nom de Pilu-sâr, il lui fabrique à toute
force une étymologie sanskrite : « Pilu-sâra = suc, essence ou énergie d'éléphant ». Mais quand
il nous explique ensuite qu'au dire des indigènes le génie du lieu se présentait « sous la forme d'un
éléphant », comment ne pas se souvenir dès l'abord avec E. J. Rapson de la protomé ou de la tête
d'éléphant qui achève d'identifier certaines monnaies d'Eukratidès et d'Antialkidas comme ayant
été frappées à Kâpiçi ? Comment ne pas rapprocher ensuite, ainsi que nous l'avons fait plus haut
(p. 256), la falaise rocheuse affectant l'apparence d'un avant-corps d'éléphant que signale au
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