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『東洋文庫所蔵』貴重書デジタルアーカイブ
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La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.2 |
| インドからバクトリアのタキシラに到る古道 : vol.2 |
引用情報
OCR読み取り結果
après qu'il s'est retiré, les mêmes configurations politiques se reformer spontanément sur les cartes,
ainsi que sur nos plages, après que la grande marée d'équinoxe a tout nivelé en passant, recom-
mencent à se dessiner les mêmes bancs de sable.
Qu'arrive-t-il en effet ? Le grand aventurier turcoman n'est pas plus tôt rentré en Perse
pour y périr assassiné qu'un de ses condottieri afghans, le Durâni Ahmed, à qui le rapt d'un convoi
du pillage de Delhi a fourni le nerf de la guerre, en profite pour se créer un royaume entre Inde et
Irân : mais quel royaume, sinon justement celui de Démétrios et de Gondopharès, de Mihirakula
et de Mahmûd de Ghazni ? Ainsi se ressoude une fois de plus sous nos yeux l'ondoyante unité
politique de la région indo-iranienne. Ahmed-Shâh Durâni ne put faire davantage et restaurer,
quand il y était, l'empire de Kanishka, des Ghorides et des Grands-Moghols : car, moins heureux
en cela que Bâbur, en dépit de son écrasante victoire de Pânipât (troisième du nom) remportée
le 1er janvier 1761 sur les Confédérés Mahrattes, il ne réussit pas à obtenir de ses soldats afghans
qu'ils consentissent à lui assurer la possession de l'Hindûstân au delà de la saison froide. Bientôt,
abusant de la faiblesse de ses successeurs, un petit chef Sikh aussi astucieux qu'énergique parvient
au début du XIXe siècle à établir sa suprématie sur tout le Pañjâb; mais, cette fois encore, qu'est-ce
à dire, sinon que Ranjit Singh reconstitue le royaume des Euthydémides en face d'un Afghânistân
réduit aux domaines de la maison d'Eukratidès ? Toutefois — et l'observation ne vaut pas moins
la peine d'être notée — s'il réussit tout comme Ménandre à reprendre pied sur la rive droite de
l'Indus, il lui faut renoncer à dépasser au Sud-Est la fameuse ligne de l'Hyphasis (Biâs-Satlâj) :
car la Compagnie anglaise, dès lors maîtresse de l'Hindûstân, le lui interdit par la voix de Lord Min-
to (1809). C'est l'instant de nous rappeler que là se trouve, en effet, dès l'antiquité la limite de
ce que nous avons appelé l'Inde extérieure, la seule qu'aient atteinte aussi bien les Achéménides
qu'Alexandre, Mihirakula ou Tamerlan; et si, par exception, les Indo-Grecs et les Indo-Kushâns
l'ont un moment franchie, ils y ont été vite ramenés, et c'est là seule qu'ils aient jamais tenue de
façon durable. Inversement, c'est là que s'arrêtait jadis l'empire des Çuñgas, comme, au temps
des Sassanides, celui des Guptas, puis de Harshavardhana, et plus tard de Bhoja. C'est toujours
là, dans la zone indécise entre les bassins de l'Indus et du Gange, que commence ou finit, selon
la direction suivie par le voyageur sur la grand-route du Nord-Ouest, l'Inde proprement dite,
à savoir celle « du Milieu ». L'idée que l'Hindûstân avait là sa frontière était si bien ancrée dans les
esprits que jusqu'en 1901 (cinquante ans après l'annexion du Pañjâb à l'Inde britannique !) les
districts d'Allâhâbâd, de l'Aoudh, d'Agra et de Delhi étaient encore connus sous la désignation
officielle de « Provinces du Nord-Ouest ». Il a fallu l'organisation sur l'Indus de la nouvelle et
véritable « North-West-Frontier Province » pour que cette appellation désuète fût changée en
celle moins compromettante de « Provinces-Unies » : si tenacement le passé se survit dans le présent.
Mais revenons à l'Afghânistân, puisque aussi bien ce pays a été le principal objet de nos
recherches. Ce n'est pas ici le lieu de retracer son histoire mouvementée. Tous les atlas indiquent
à quoi les expéditions britanniques de 1839-42 et de 1878-80, puis les Commissions de délimi-
tation anglo-russe (1885-7), anglo-persane (1872 et 1902-4) et anglo-afghane (1894-6) ont finalement
réduit le vaste royaume forgé à grands coups de sabre par le Durâni. Il n'a pas dépendu de la dynas-
tie des Kâjars qu'Hérât ne redevînt persan, ni de Lord Lytton que Kandahâr et Kâbul ne fussent
érigés en principautés distinctes. Mais enfin, contre vents et marées, l'Afghânistân d'Abd-ur-
Rahmân a subsisté et sa complète indépendance a été reconnue par le traité de Rawal-Pindi (1921).
Tel quel, il illustre un cas des plus instructifs pour le géographe comme pour l'historien. De même
qu'au centre de l'Europe le massif des Alpes helvétiques, le nœud des montagnes afghanes a favorisé
la constitution au cœur de la Moyenne Asie d'un groupe polyglotte de tribus disparates, plus ou
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