National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books

> > > >
Color New!IIIF Color HighRes Gray HighRes PDF   Japanese English
0054 Mémoires Concernant l'Asie Orientale : vol.3
Mémoires Concernant l'Asie Orientale : vol.3 / Page 54 (Color Image)

New!Citation Information

doi: 10.20676/00000249
Citation Format: Chicago | APA | Harvard | IEEE

OCR Text

simple. Tout est même rendu beaucoup trop simple : la vie est plus com-
pliquée que cela. Un procédé d'enquête aussi grossier que des statistiques
forcément incomplètes ne saurait suffire pour nous faire saisir, en matière
d'histoire, même la vérité approximative et provisoire qui est la seule à
quoi nous prétendions. Déjà nous avons plusieurs fois signalé ci-dessus
les retouches et les correctifs qu'il convenait d'apporter aux conclusions
en apparence les mieux fondées sur les faits. Pour commencer, il faut
prendre en considération, comme il est juste, les lacunes de nos documents
tout autant que leurs données. Il semble bien établi, par exemple, que
la sculpture du Gandhâra n'a fait qu'un emploi restreint et comme subal-
terne des jâtaka : mais pouvons-nous oublier que nous avons complète-
ment perdu l'autre moitié, peut-être la plus riche et la plus belle, de l'œuvre
de cette école, à savoir la peinture? Qui peut affirmer que la faveur des
peintres ne compensait pas, dans une certaine mesure, le dédain des sculp-
teurs? Ce soupçon prend dans nos esprits plus de consistance quand nous
abordons la période suivante : comment admettre que les jâtaka aient été
complètement laissés de côté par les imagiers de l'Inde au moment même
où nous savons que, sous l'influence indienne, leurs représentations se font
plus nombreuses que jamais à Ceylan, dans l'Asie centrale et dans tout
l'Extrême-Orient? Le témoignage contemporain de ces faits parallèles
mérite d'être retenu tout autant que le résultat négatif des rares fouilles exé-
cutées jusqu'ici dans le sol indien. Une fois de plus, l'argument a silentio
manque de valeur probante, et il ne faut pas renoncer à retrouver quelque
jour dans la vallée du Gange, en dépit de son climat destructeur, au moins
des vestiges en terre cuite de ces compositions traditionnelles. En dernière
analyse, si les jâtaka ont dû, comme toutes choses humaines, subir les
vicissitudes de la mode, on ne saurait adopter comme unique indice des
hauts et des bas de leur popularité le nombre hasardeux des répliques
conservées; dans le répertoire de l'art indien, notamment, leur rôle doit
avoir été plus continu et plus considérable que la pauvreté et les trous de
nos présentes séries archéologiques ne le donneraient à penser.

A. FOUCHER.