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『東洋文庫所蔵』貴重書デジタルアーカイブ
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| 0035 |
Inscriptions de l'Orkhon : vol.1 |
| オルホン碑文 : vol.1 |
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OCR読み取り結果
honneur et se contenta d'être le commandant en chef de l'ar-
mée. Moguilaine nourrissait des projets belliqueux contre la
Chine; mais il s'en laissa dissuader par son conseiller Touniou-
gou, qui était septuagénaire. Le khan ayant de plus exprimé
l'intention de faire élever un mur autour de sa résidence, et
ériger des temples à Bouddha et à Laotse, son conseiller se pro-
nonça d'une manière très significative en disant:
«Le peuple doulgase (c. a. d. les Toukious) n'atteint
pas en nombre la centième partie de la population de la Chine,
et si, malgré son infériorité numérique, il a pu résister à cet
empire, la raison en est que les Doulgases, ne recherchant
que de l'herbe et de l'eau, n'ont d'autre intérêt que la chasse,
et n'ont pas de demeure fixe, mais ne s'exercent qu'au métier
de la guerre. Quand ils sont en force, ils marchent en avant;
mais lorsqu'ils sont trop faibles, ils reculent et se cachent.
L'armée de la dynastie de Tan au contraire est nombreuse
mais faible; elle demeure dans les villes et en cas de défaite
elle ne peut échapper à la captivité. Les doctrines de Bouddha
et de Laotse d'ailleurs engendrent la charité et la faiblesse, je
veux dire qu'elles rendent les hommes impropres à la guerre
et les affaiblissent.»
Il n'est pas dit expressément, que l'Ordo des Doulgases
continua de n'être pas fortifié, mais ce discours, qui ren-
fermait des conseils adressés au khan, fait supposer qu'il en
fut ainsi. Cette place était probablement située dans la steppe
qui s'étend entre le lac Tsaïdam et le Kokchin-Orkhon, où
plus tard les deux premiers monuments furent érigés. Le khan
suivit donc une politique de paix envers la Chine, et envoya
à l'empereur une ambassade pour solliciter la paix. Mais le
fils du Ciel, doutant de la sincérité de cette demande, déclara
la guerre et fit marcher contre lui une armée de 300 mille
hommes. Cette guerre se termina toutefois à l'avantage des
Doulgases, parce que, d'une part, la disunion qui régnait en-
tre les différents corps d'armée, les empêchait de se soutenir
mutuellement avec vigueur, et que, d'autre part, il survint un
froid intense, qui fit crever la peau des arcs dont les Chinois
étaient armés; c'était en l'année 720. La victoire remportée
par les Doulgases les rendit encore une fois redoutables, à
tel point qu'ils parvinrent à donner à leur empire la même
étendue qu'autrefois, du temps de Motchio-khan. Cet état de
choses ne changea en rien les vues pacifiques du khan, il con-
tinua de solliciter instamment la paix, en promettant de té-
moigner au fils du Ciel le même respect qu'un fils doit à son
père. L'empereur ayant donné son assentiment, le khan en-
voya plusieurs années de suite dans la capitale de la Chine
une ambassade, chargée d'y apporter des produits de la terre
et en même temps de demander en mariage une des dames
de la cour impériale. Là on ne pouvait se sentir tranquille
à l'endroit des Doulgases. Ce qui surtout inspirait des in-
quiétudes, c'était que le khan, qui avait un excellent caractère
et aimait son peuple, son illustre général Kionié-Délé et son
sage vieux conseiller Touniougou, vivaient en parfaite intelli-
gence. Le projet d'un voyage aux monts Thaï-chan, que le fils
du Ciel voulait entreprendre pour y offrir un sacrifice, fut in-
définiment ajourné, afin que les Doulgases ne pussent pas
profiter de l'absence de l'empereur pour faire une invasion
dans ses états. A cet effet on résolut d'engager l'un des prin-
cipaux chefs doulgases à entrer dans la garde impériale, et
un seigneur de la cour fut chargé de porter personnellement
ce désir de l'empereur à la connaissance du khan. Moguilaine
donna ordre d'offrir du vin au porteur de ce message, et ayant
pris place dans la tente avec son épouse, en compagnie de
Kionié-Délé et de Touniougou, il adressa à l'envoyé de l'em-
pereur les paroles suivantes:
«Toufan descend d'un race de chiens, et malgré cela la
dynastie Tan n'hésite pas à s'allier avec cette famille par un
mariage. Hi et Kidan sont mes esclaves et mes sujets, et ont
eux aussi pour femmes des princesses. La maison des Doul-
gases a déjà à plusieurs reprises voulu contracter une alliance
conjugale avec la vôtre, mais cette demande n'a pas été ac-
cillie favorablement de votre part, pour quelle raison?
«Khan, répondit l'envoyé, êtu ce un fils du fils du Ciel;
comment il lui pourrait-il entrer en rapport de parenté ma-
trimoniale avec son père?
«Ce que vous dites n'est pas vrai, s'écria Moguilaine, des
deux vassaux, que je viens de nommer, ont aussi été gratifiés
du nom de la dynastie régnante — ce qui veut dire selon les
idées chinoises, qu'ils sont devenus membres de la même fa-
mille — et néanmoins ils ont épousé des princesses. Pour-
quoi ne nous accorde-t-on pas la même faveur? D'ailleurs
les princesses que l'on donne en mariage, ne sont pas filles de
l'empereur, et on ne nous laisse pas la liberté de choisir. En
sollicitant plusieurs fois une chose sans l'obtenir, nous nous
exposons à la risée des autres chefs.»
L'envoyé promit sur l'honneur d'engager l'empereur à
satisfaire au désir du khan. Moguilaine dépêcha en même temps,
à la cour un grand personnage avec des présents, et celui-ci
accompagna l'empereur dans le susdit voyage aux monts Thaï-
chan, et le sacrifice put ainsi s'accomplir en toute sécurité.
Après cette solennité l'empereur traita l'envoyé du khan gé-
néreusement, et le combla de présents avant de le congédier.
Mais pour ce qui concernait la paix et les liens de parenté, le
fils du Ciel ne daigna pas y consentir. Cela n'empêcha pas
que le khan ne continuât d'envoyer chaque année un ambas-
sadeur à la cour. Dans ces conjonctures les Toufanes, qui
avaient adressé à ce sujet une lettre au khan (écrite sans
doute en langue tibétaine), tentèrent de le décider à s'unir à
eux, pour exercer le brigandage sur les frontières de la Chine.
Moguilaine s'y refusa et envoya leur message à l'empereur, qui
finit de la sorte par se convaincre de la sincérité des senti-
ments pacifiques du khan. Un commerce d'échange s'ouvrit
alors entre la Chine et les Doulgases, qui reçurent dès lors un
cadeau annuel de plusieurs milliers de pièces d'étoffes en soie.
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