National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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Inscriptions de l'Orkhon : vol.1 |
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ou en bois, avec des églises à colonnade de marbre, de ra-
vissantes maisons de campagne etc., maison ne doit par
s'attendre à y trouver des rues pavées: c'est là un luxe que
au delà d'Iékathérinenbourg, aucune ville sibérienne ne peut
s'accorder. Partout Maïmatchin est entouré de hautes mu-
railles, percées sur chaque côté d'une porte, que l'on ferme à
l'entrée de la nuit. D'étroites ruelles débouchent dans les
grandes rues, qui sont bordées des deux côtés de maison en
terre glaise, dont la façade du côté de la rue est ordinairement
plus élevée, est richement ornée de ceintures, de peintures et
de fleurs, comme il sied à une ville de l'Empire du milieu.
Elle n'a au reste que 3000 habitants, tous Chinois et appar-
tenant au sexe masculin, en que dans cet empire il n'est pas
permis aux femmes de franchir la grande muraille *. Aussi
lorsqu'on entre à Maïmatchin, en venant de Kiakhta, on pour-
rait se croire transporté de mille ou deux mille ans en arrière,
aux temps d'où datent les antiques monuments de l'Asie cen-
trale, qui forment le but de nos explorations. Notre passage
à Maïmatchin nous à d'un coup mis dans les dispositions les
plus favorables pour la continuation de notre voyage, en ce
que nous avons trouvé la limite ou, pour mieux dire, le cadre
du tableau, dont les différentes parties se déroulent par degrés
devant nos yeux, et dont les monuments de l'Orkhon doivent
former l'arrière-plan.
A Kiakhta j'eus la bonne fortune d'engager à notre ser-
vice l'interprète mongol, qui avait accompagné Jadrintzeff dans
son expédition l'année auparavant et pouvait ainsi à présent
me servir de guide. Le mauvais état des routes en Sibérie,
et les pluies abondantes, que nous avions essuyées après notre
départ d'Irkoutsk, avaient fait d'affreux dégâts dans mes ba-
gages, et il fallait nécessairement les réparer avant de franchir
définitivement la frontière chinoise. J'avais d'ailleurs encore à
prendre des arrangements à Troïtékosavsk en vue de renforcer
ma caisse. Nous fûmes ainsi amenés à nous arrêter dans cette
ville onze jours, c. à. d. du 14 au 25 Juillet, jour de notre
départ pour la Mongolie.
Le trajet jusqu'à Ourga, chef-lieu de la Mongolie orien-
tale, se fit en poste mongole. A cet effet nous louâmes deux
charrettes de la même espèce que celles qui sont figurées sur
le rocher de Soutiek bien connu; ** mais à la place de cha-
meaux nous y fîmes atteler des chevaux à la manière mongole,
c. à. d. à l'aide d'une longue pièce de bois qui passe en travers
des brancards pour les soutenir, et dont les deux bouts sont
relevés jusqu'à la selle sur le dos du cheval, où le postillon a
déjà pris place. Comme cette perche naturellement lui com-
prime le ventre, il est clair que cette façon de voiturer est
une torture beaucoup plus grande pour lui que pour sa monture;
aussi change-t-on de chevaux à chaque relai, ordinairement
quatre fois. Nos effets, emballés dans de petites caisses, furent
chargés sur le dos des chevaux, qui portaient encore les sacs
contenant les lésenits de pain sel; pour le cric seul il fallut
louer une charrette à part, et chaque bête de somme était
conduite par son cavalier. Quelques jours déjà avant notre
départ, le commissaire de la garde-frontière à Kiakhta avait
expédié un courrier pour annoncer notre arrivée et prévenir
les autorités. Ainsi nous trouvâmes à chaque station trois
tentes de feutre dressées sur le gazon frais. Autour de l'ou-
verture laissée au sommet de l'une de ces tentes on avait placé
une grande étoile faite d'étoffe rouge; d'était la yourte d'honneur,
dans laquelle des Mongols à genoux nous invitèrent à entrer.
On y avait étendu des tapis de feutre, sur lesquels nous de-
vions nous asseoir. Au milieu de la tente, sous l'ouverture
par où sort la fumée, on avait préparé du bois ou bien un
tas de fiente séchée, appelée argal, et qui partout en Mon-
golie sert de combustible. De l'autre côté du foyer, dans la
partie de la tente qui faisait face à l'entrée, on avait déposé
sur un escaleau des aliments, composés de fromage et de thé
mêlé avec du lait; mais nous préférions nous en tenir à nos
propres comestibles. Depuis Kiakhta jusqu'à Ourga nous avions
pour compagnons de voyage deux employés subalternes mon-
gols, chargés de certifier que nous étions bien les personnages
annoncés d'avance par le courrier, et désignés dans la «pola-
rojna», autrement dit: le permis de poste. Notre convoi se
composait en tout de 20 postillons, dont quelques-uns souvent
étaient des femmes, et de 30 chevaux. A chaque station nous
avions à payer en frais de poste 3 roubles d'argent par char-
rette, et les relais étant au nombre de 12, cela nous faisait
une dépense totale de 72 roubles pour le trajet de Kiakhta à
Ourga. Le transport des bagages ne coûte rien, quel que soit
le nombre des chevaux employés à cet effet. On ne voyage
jamais pendant la nuit, et quand même nous avions clair de
lune, il aurait été aussi dangereux que difficile de traverser
une rivière de nuit; les ponts sont chose rare, même sur la
route postale qui va de Kiakhta à Péking, et que nous suivions
en ce moment. Il n'y a pour le passage des rivières d'autre
moyen que des bacs, formés de trois ou quatre troncs d'arbres
creusés et attachés ensemble, et qui ne supporteraient pas le
poids d'une voiture tant soit peu lourde. Pour passer l'eau
sur un tel bac, voici comment on s'y prend. Le bac est amené
à l'autre rive du fleuve par des chevaux que l'on tient par la
queue et que l'on fait traverser à la nage à force de cris et
de coups de fouet. Chaque soir durant notre trajet j'achetais
pour 3 roubles un mouton pour le repas de nos gens. Une
fois nous assistâmes, dans le voisinage d'une station, à un
service religieux bouddhique dans une yourte convertie en un
temple. Des Mongols nous offrirent du thé et firent entendre
leur marmottage et les sons lamentables de leur musique,
qu'ils exécutaient avec des tambours, des coquillages, des in-
struments à vent, des clochettes et des assiettes.
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