National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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Inscriptions de l'Orkhon : vol.1 |
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Le 27 Juillet, après une traite d'un peu plus de deux fois 24 heures, nous arrivâmes enfin à Ourga, où nous descendîmes au consulat général de Russie. Pendant toute la durée de notre séjour à Ourga, qui se prolongea jusqu'à dix jours, nous jouîmes de la plus aimable hospitalité chez S. E. le consul général S. Fédoroff et sa jeune femme. Nous fûmes retenus dans cet endroit principalement par des pluies torrentielles, qui rendaient impossible une expédition en caravane. La ville d'Ourga elle-même offrit à plusieurs reprises l'aspect d'un immense bourbier; car il n'y a dans cette ville que des ruelles tortueuses, que l'on parcourt le plus volontiers à cheval ou en voiture. Les clôtures se composent de piquets plantés tout près les uns des autres, les habitations placées dans l'enceinte sont ou bien des yourtes de feutre ou bien des maisons chinoises en terre grasse; les demeures de quelques marchands russes sont les seules, qui soient construites en bois d'charpente. Le bazar forme une place ouverte entre le quartier mongol et le quartier russo-chinois de la ville, dont une portion considérable est occupée par des temples, qui sont en grand nombre et de grande dimension. La ville est située dans une longue et étroite plaine non loin de la Tola, entre de hautes montagnes boisées; ses environs sont parsemés de couvents et autres lieux sacrés du culte bouddhique.
On célébrait dans ces jours-là la fête nationale des Mongols, le Tsam, pour laquelle des milliers d'hommes venus de tous les cantons de la Mongolie se trouvaient assemblés. Des centaines de tentes, dressées pour la circonstance, couvraient le terrain environnant et les steppes des deux côtés de la Tola. Les pluies avaient fait déborder la rivière; pendant la nuit on entendit des cris de détresse, qui partaient des tentes et un grand nombre de gens périrent, dit on, par ces inondations nocturnes. Cependant le temps se remit au beau et la fête suivit son cours. Elle avait débuté par une mascarade grandiose, dans laquelle figuraient plusieurs dizaines de lamas sous les déguisements les plus grotesques et qui devaient représenter des divinités. Des scènes pantomimiques servent à populariser la mythologie et les légendes sacrées de cette religion. Elles avaient déjà eu lieu avant notre arrivée et à présent il y eut pendant toute une semaine des luttes entre les athlètes mongols. Le théâtre était une place publique découverte; devant un temple au milieu de la ville des milliers de spectateurs étaient assemblés tout autour, maintenus dans l'ordre par des agents de police; des dames de haut rang se pressaient parmi la foule. Un seul côté de la place était réservé aux lamas, qui revêtus de costumes éclatants, rouges et jaunes, étaient assis, les jambes croisées, en longues files des deux côtés d'un baldaquin, sous lequel le «Guéguène» c'est-à-dire «Homme Dieu, envoyé du Tibet, trônait sur un autel. Au-devant du trône deux valets, portant des peaux de tigre enroulées sur leurs épaules, se tenaient debout. Les champions s'avancèrent deux à la fois, un de chaque côté de la place, accompagnés de leurs seconds; ils avaient la poitrine, les jambes et les bras nus et s'avançaient en faisant les gambades les plus comiques, sans doute pour s'assurer encore à la dernière minute de l'élasticité de leurs muscles. Dès que l'un des lutteurs venait à toucher le sol, si légèrement que ce fût, il était jugé avoir perdu la partie. Alors le vainqueur faisait un bond en avant et se prosternait devant le dieu, pour le remercier de sa victoire, puis il allait se faire inscrire chez les juges du camp, pour se mesurer le lendemain avec un autre lutteur, qui avait ce jour là également terrassé son adversaire. Les prix décernés à ces derniers «invincibles» consistaient en chevaux, moutons etc. Dix jours plus tard il devait y avoir pour la fin, dans une steppe près d'Ourga, une course de chevaux à laquelle devaient prendre part mille cavaliers; mais nous ne pouvions attendre jusque là. — Ces sortes de réjouissances nationales, qu'on pourrait appeler les jeux olympiques de la Mongolie, se renouvellent chaque année; mais celles que l'on organise tous les trois ans paraissent être plus brillantes que les autres.
Ce n'est pas ici le lieu de nous étendre longuement sur la ville d'Ourga et ses curiosités, de parler du temple de Maïder et des autres divinités, des moulins à prières, ni des misérables buttes de la place du marché, habitées par les mendiants; si l'un d'eux vient à mourir, les autres se disputent sa dépouille, tandisque les chiens se chargent de l'enterrement. C'était vraiment un spectacle hideux, que de voir des cadavres jetés en quelque sorte dans les rues, pour y être déchirés par cet animaux, qui, à ce que l'on nous disait, n'ont pas d'autre nourriture que celle-là.
A partir d'Ourga nous voyageâmes en caravane. Je fis un contrat avec jeune négociant de l'endroit, sachant outre le russe encore le mongol et le chinois, et qui se chargea de nous conduire jusqu'à Orkhon moyennant 500 roubles, aller et retour. Le voyage était censé durer un mois, et ce fut aussi le cas jour pour jour. Cas échéant il s'engageait à nous conduire jusqu'à Oulia-Soutaï, d'où nous pourrions faire route avec une caravane de thé jusqu'à Minoussinsk. Le bagage fut chargé sur trois petites charrettes, la route à travers la steppe étant unie comme un parquet. — Afin d'accélérer notre marche il fut décidé que notre caravane serait composée uniquement de chevaux, au nombre de 18 dont quelques-uns de réserve; cependant, si le trajet eût été plus long, il eût mieux valu prendre des chameaux. Quant à nous-mêmes nous fîmes toute la route à cheval. Le personnel total de la caravane comptait 8 personnes, dont 3 Finlandais, 2 Russes et 3 Mongols. Notre départ d'Ourga eut lieu le 6 Août.
Toute cette partie de la route, à partir d'Ourga et ses montagnes sacrées jusqu'aux monts situés à l'Ouest de l'Orkhon, et que l'on désignait anciennement par le nom de Kharakhorum, est complètement dépourvue de forêts. Toutefois le terrain est très accidenté, ce qui fait que la route traverse tantôt de longues vallées, tantôt des chaînes de collines plus ou moins élevées. Du sommet d'une de ces hauteurs on pouvait promener ses regards charmés sur une centaine d'autres *.
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