National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books
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Inscriptions de l'Orkhon : vol.1 |
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le jour suivant, après l'arrêt forcé dont il est parlé plus haut,
nous fûmes les premiers qui tentèrent le passage; mais il
nous fallut travailler 6 heures avant de pouvoir gagner la rive
opposée, notre unique moyen de transport étant un bac, con-
struit avec trois arbres croisés, que des Mongols à peu près
nus poussaient en avant dans la rivière, et que des chevaux
tenus par la queue traînaient ensuite à la nage. Le passage
de la première branche de la rivière nous coûta 8 briques de
thé à 30 kopecks, et pour traverser la seconde branche, qui
formait la Tola proprement dite, nous eûmes à payer 3 roubles
d'argent.
Sur les hauteurs qui bordent la route on remarque
d'abord de petits tas de pierres, nommés obos, qui ont été
posés de nos jours par les Mongols, et garnis de tablettes de
pierres, sur laquelle est gravée la formule d'invocation usitée:
„Om ma ni pad me hum" ou quelque autre devise tibétaine *).
Nous trouvâmes en outre à plusieurs endroits, entre la Ha-
rouha, affluent de la Tola, et l'Onguéï-noor, des monceaux peu
élevés, dont l'origine remonte à des temps plus anciens. Ceux-là
sont composés de pierres rugueuses, rangées de manière à for-
mer diverses sortes de figures, soit rondes ou autres. Ces
monceaux sont connus sous le nom de «kereksours», et l'on en
rencontre, à ce qu'on dit, dans presque toutes les parties de
la Mongolie jusqu'aux versants méridionaux des monts Tian-
chan **). Près de la Harouha notre attention fut attirée par
les ruines d'un ouvrage de fortification, entouré de remparts,
de fossés et ce qu'on appelle des «soubourgannes» c. à d.
de petites tours où l'on place des simulacres bouddhiques.
Au milieu de ces ruines s'élevait autrefois une construction
de forme carrée, ayant des murs d'une grande hauteur en-
core à présent, et dont la surface unie offrait un joli coup
d'œil; ils paraissaient avoir été maçonnés avec des feuilles
d'ardoise. Après avoir franchi deux portes on entre dans
l'intérieur du carré, dont le côté septentrional était divisé
en plusieurs chambres. Les murs avaient 1½ mètre d'épais-
seur; leur face intérieure était revêtue de mortier, et l'on
peut encore y distinguer des parcelles du faîtage mitoyen.
Quelques heures avant notre arrivée au lac Onguéï-noor
j'allai examiner un monument en pierre, qui se dressait isolé
dans la steppe près de la route, et paraissait n'être proprement
qu'un bloc de pierre posé debout, de la hauteur d'un homme.
Mais à l'entour de la pierre, vers le haut, je remarquai une
bande taillée obliquement dans le pierre et formée d'une rangée
de 29 petits creux. Cette bande était placée de telle sorte que
la partie tournée vers le Nord était le plus en-bas et celle qui
regardait le Sud, le plus en haut; cette dernière pouvait donc
être censée former le visage, bien qu'on n'y pût distinguer
aucun contour de cette nature qui y ressemblât. Les autres
détails donnaient également lieu de penser qu'on avait voulu
par cette figure représenter un héros. Car autour de la pierre,
en-bas, on distinguait, taillée dans celle-ci, une ceinture ornée,
large de deux pouces. Sur la face tournée vers l'Orient, au
côté gauche de la figure, on voyait gravés, un arc et une
flèche, et sur la face opposée, à droite de la figure, était gravé
un poignard. Tout autour sur le sol, des pierres étaient dispo-
sées de telle sorte qu'elles formaient un carré, et le buste de
pierre était placé dans la partie de cette enceinte qui regar-
dait le Sud. A trente pas de distance environ du côté du
Nord on apercevait une butte de terre aplatie, mesurant 10
pas en diamètre, et qui peut-être a été élevée avec intention,
quoiqu' on n'y vît point de pierres, ni disposées en figures,
ni autrement.
La figure de pierre dont nous venons de parler est
donc de la même espèce que celles, qui se trouvent en grand
nombre dans l'Ouranhaï, c. à. d. dans les contrées que par-
court le Ienisseï dans son cours supérieur au Sud des monts
Sajans. L'ouvrage de Potanine contient également des des-
criptions et des dessins représentant une quantité de figures
semblables en pierre et qui sont appelées «babas».
Un des moments les plus agréables de notre voyage fut
celui de notre arrivée sur les bords de l'Onguéï-noor. Il avait
plu la nuit précédente, et la journée commençait par une ma-
tinée sombre avec un ciel couvert de nuages. Depuis une se-
maine nous voyagions à dos de cheval, ce qui avait fini par
devenir pénible, et c'était trop peu de temps pour nous y
accoutumer. Le 15 Août vers l'heure de midi nous dressions
nos tentes sur la rive méridionale du lac, dont la plage était
couverte de galets et de sable. Le ciel paraissait s'éclaircir,
et le clapotement des vagues qui déferlaient sur la grève, nous
impressionnait délicieusement; à quelque distance de nous, des
cygnes se promenaient majestueusement sur l'onde limpide
d'une crique. Nous avions aperçu plusieurs kereksours sur
le promontoire montueux, que nous venions de traverser. Le
lac d'Onguéï-noor a, dit-on, environ 40 verstes de circuit, et
passe pour être très poissonneux; l'eau en est transparente
comme le cristal. De l'autre côté du lac se dressaient des
montagnes bleuâtres, et sur ce fond se détachaient, vers la droite,
les blanches constructions du monastère d'Orombo; vers la
gauche, de sombres collines, que l'on nous dit être les ruines
d'un ancien palais ou bien un fort bâti sur les bords de la
Hola, cours d'eau qui relie l'Onguéï-noor à l'Orkhon, dont la
vallée était cachée à nos yeux par d'autres élévations de ter-
rain. Nous nous réconfortâmes en nous baignant dans l'eau
fraîche et limpide du lac, et en nous régalant des canards que
nous avions tirés le matin même et fait rôtir.
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