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| 0047 |
Inscriptions de l'Orkhon : vol.1 |
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gisent les débris en question; plusieurs d'entre eux, dans
de telles conditions d'emplacement, pourraient provenir de la
stèle épigraphique que, selon l'Histoire chinoise à la date
de 784, un Khakan des Ouïgours avait fait élever devant la
porte de sa capitale pour rappeler aux Envoyés de la Chine
tous les services rendus à ce pays par lui et ses prédéces-
seurs 司見可汗銘右三國門勾使象象使 和我前援勾次
Le Khakan des Ouïgours était à cette époque un certain
Toun Mo-ho' Tarkan qui, après son avènement en 780, est
désigné par les auteurs chinois sous le titre turk, peut-être
incomplet, de Koutlouk Pèk Kkakan. Pour monter sur le
trône, il lui avait fallu mettre à mort son prédécesseur et
neveu, Meou-yu Khakan dont il était le grand vizir; la raison
ou plutôt le prétexte de ce régicide fut que Meou-yu Khakan
(désigné sous le titre de Kié-tou Teng-li Kou-tcho Mo-mi-ch
ho Kin-lou Pèk Khakan) ruinait l'État par luxe et allait,
sur l'avis de mauvais conseillers, risquer contre la Chine une
immense expédition dont le but était l'anéantissement de
la dynastie des T'ang.
Telle est du moins l'explication que Toun Mo-ho Tarkan
croyait la plus avantageuse à fournir à la cour de Chine dont
il était le vassal; mais par la suite, constatant que le souve-
rain chinois ne se montrait pas aussi reconnaissant qu'il
l'avait souhaité, Toun Mo-ho Tarkan, crut nécessaire de rap-
peler les hauts faits de l'histoire Ouïgours, au concours
armé desquels la dynastie des T'ang devait de ne pas avoir
sombré sous les coups de plusieurs rébellions. Toun Mo-ho
Tarkan, quatrième Khakan des Ouïgours de l'Orkhoun, ré-
gna de 780 à 789. Telle est l'origine de la stèle signalée
par les annales chinoises en 784 à l'une des portes de la
capitale des Ouïgours et dont plusieurs fragments se trou-
vent peut-être parmi ceux que nous publions. Voici quelques
considérations qui me semblent devoir militer en faveur de
cette hypothèse:
1° Le déchiffrement des deux fragments rapportés par
N. Yadrintzev et de ceux fournis par M. Heikel nous démon-
tre amplement que leur texte chinois est la glorification des
hauts faits de quatre Khakans et non pas d'un seul prince:
en effet, le fragment n° 2 rapporté par N. Yadrintzev, men-
tionne Gueuk Pèk Khakan, titre porté par Koli-pei-lo, fonda-
teur du khanat des Ouïgours de l'Orkhoun (742-745), et trois
fois ailleurs nous trouvons mention de la transmission du
pouvoir souverain.
2° Les fragments que représentent les planches 58-59
nous fournissent en chinois, immédiatement à gauche du
texte ouïgour, un intitulé de stèle: « Ai Teng-li lo kou-
mo-mi-ch Pi-kié K'o-han cheng teh cheng kong pei ping
siu. » Vu les considérations qui précèdent je propose de
traduire littéralement cet intitulé par « Stèle des saintes
vertus et des divins exploits de (ou des) Ai Teng-li lo kou mo-
mi-ch ho Pèk Khakans, avec prolégomènes » Cet intitulé
traduit au pluriel corroborerait ce qu'indique le corps de
l'inscription, c'est-à-dire qu'elle est en effet destinée à com-
mémorer les hauts faits non pas d'un mais de plusieurs
Khakans. Nous considérons de la sorte les mots turks trans-
crits par Ai Teng-li lo kou mo-mich ho comme constituant
un fond d'épithète générale pouvant se retrouver dans les
titres de tous les Pèk Khakans ouïgours Le tableau chrono-
logique des Khakans ouïgours publié par M. le professeur
Radlov me paraît justifier cette interprétation. Conf. les
Zapisky de la Soc. russe d'archéologie, t. V, 1891, pp. 147-
156, 265-270¹.
3° Quoique rédigée en chinois, l'inscription paraît être
d'origine ouïgoure; en effet le Khakan auteur de l'inscrip-
tion y parle plusieurs fois à la première personne en tra-
duisant Moi par Yu 予, terme dont ne se serait pas servi
un souverain chinois.
4° L'écriture chinoise de ce monument est trop négligée
pour être l'œuvre des stélégraphes officiels de la cour de
Chine.
5° L'empereur de la Chine, suzerain des Ouïgours, est
désigné sous le titre de Tien Khakan (Khakan Céleste) titre
au-dessus duquel deux espaces blancs sont laissés par res-
pect, tandis qu'il n'en est laissé qu'un au-dessus des épi-
thètes désignant les princes ouïgours. Cette épithète de
Khakan du Ciel ne se trouve employée, dans l'histoire de la
Chine, que par les princes de race turke: aussi me paraît-elle
dériver d'un terme plutôt turk que chinois.
6° Au bas de la ligne 9 de la planche 53-54, on lit:
« Moi, Koutlouk Pèk (Khakan). » Toun Mo-ho Tarkan est un
des trois Khakans ouïgours que l'histoire chinoise nous
montre avec précision paré du titre de « Sa Haultesse le
Sérénissime Khakan. » Koutlouk signifie heureux.
7° La planche 53-54 parle d'une guerre avec les Tibé-
tains. C'est du v° au x° siècle qu'eurent lieu les invasions
tibétaines en Chine et dans la haute Asie. Les principales
batailles qui leur furent livrées par les Chinois avec le con-
cours des Ouïgours, eurent lieu en 765, 773, 784, 789, 791;
l'une d'elles, on le voit, est de la même année que nous assi-
gnons comme date à la stèle érigée par Toun Mo-ho Tarkan.
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