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0136 Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2
Scientific Mission to High Asia 1890-1895 : vol.2
Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2 / Page 136 (Color Image)

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doi: 10.20676/00000197
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repos plus que de son droit. Il n'est point rare, lorsqu'un homme est
parti pour un temps indéterminé sans faire de conventions particu-
lières avec sa femme et sans lui laisser d'argent, que celle-ci se remarie
sans que le divorce ait été prononcé et dans un délai quelquefois plus
bref que celui de vingt jours, que Marco Polo assure avoir été légal de
son temps à Kéria. Ainsi c'est une exception qu'une femme de trente
ans n'ait point eu plusieurs maris et plus d'une supputent les dates
par les noms de leurs époux passés comme on le faisait à Rome par les
noms des consuls.

La liberté des hommes est plus grande encore que celle des femmes
au moins en théorie. Non seulement ils peuvent divorcer presque à
leur gré, et se remarier le jour même, mais ils peuvent prendre plu-
sieurs épouses à la fois conformément à la loi musulmane. Cependant
la polygamie est très peu pratiquée. Elle était peut-être inconnue avant
l'introduction de l'islamisme; car elle est aujourd'hui mal vue de la
population. Les mollahs eux-mêmes ne l'approuvent que du bout des
lèvres, ne la conseillent pas et beaucoup de gens riches se contentent
d'une seule femme. Les femmes sont d'humeur jalouse, ne souffrent
pas aisément le partage et ont assez d'indépendance et de pouvoir pour
faire prévaloir leur volonté. Il est tout à fait extraordinaire que les
épouses du même mari vivent sous le même toit, elles sont installées
en général chacune dans une maison différente afin d'éviter les que-
relles. Ce n'est là d'ailleurs qu'un palliatif insuffisant et il y a des
maris cruellement et comiquement embarrassés entre la matrone
mûre, impérieuse et riche de la cité et la jeune, coquette et pauvre
épouse du faubourg, qui le tirent chacune de son côté, le pressent de
renvoyer une odieuse rivale. Les femmes sont beaucoup plus complai-
santes en Chine, où l'épouse en titre vit le plus souvent en bons termes
avec la favorite; la cause en est, non pas un trait de caractère, mais la
forte autorité que la loi et les mœurs accordent au mari à qui l'on obéit
sans répliquer. En voyage les choses sont plus faciles. Il n'est pas
d'homme respectable, qui, obligé de s'arrêter quelques jours dans une
localité plus ou moins éloignée de son domicile conjugal, ne contracte