National Institute of Informatics - Digital Silk Road Project
Digital Archive of Toyo Bunko Rare Books

> > > >
Color New!IIIF Color HighRes Gray HighRes PDF   Japanese English
0179 Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2
Scientific Mission to High Asia 1890-1895 : vol.2
Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2 / Page 179 (Color Image)

New!Citation Information

doi: 10.20676/00000197
Citation Format: Chicago | APA | Harvard | IEEE

OCR Text

besoin de marmite, il en emprunte. Ce misérable assume la charge
d'une femme et de deux enfants, qu'il fait vivre des produits de son
métier de fabricant de cordons pour manteaux et pantalons (قور).
Tout son fond de roulement s'élève à 2 fr. 80, dont il achète le fil de
coton nécessaire à la fabrication de ses cordons qu'il vend deux sapèques
la brasse. Il en fait 125 brasses par semaine, ce qui lui procure, sauf
accident, un bénéfice hebdomadaire de 1 fr. 88. C'est assez pour ne
pas mourir. Lui et sa famille s'habillent de vieux vêtements de hasard
qui leur servent encore deux ou trois ans ; ils mangent le matin une
marmite de bouillie de maïs, à midi et le soir une petite galette de
maïs (environ 1/4 de livre) chacun ; ils ne boivent pas de thé, mais de
l'eau boueuse et fétide.

Nous ne descendrons pas en passant de ce capitaliste aux simples
salariés, ouvriers ou domestiques. Ceux-ci sont relativement plus
nombreux dans les familles riches qu'ils ne le sont chez nous. La dis-
tinction entre le service public et le service privé n'est faite qu'impar-
faitement. Les serviteurs personnels d'un bek s'occupent d'une foule
de choses qui, dans nos idées, devraient être réservées à des officiers
de justice ou de finances. Inversement, les dorgha, qui ont un carac-
tère officiel, sont fiers de servir le bek dans sa maison. Les grands
propriétaires et les grands marchands chargent souvent leurs domes-
tiques de cultiver leurs terres, de conduire leurs caravanes, de paître
leurs troupeaux, de négocier leurs affaires, de réparer leurs maisons
au lieu de s'adresser pour cela à des étrangers. Les domestiques ne
reçoivent point de gages ; ils sont au pair, comme nous disons aujour-
d'hui. Le maître subvient à tous leurs besoins comme à ceux des
membres de sa famille. Il les traite bien ; l'intérêt autant que la vanité
l'y pousse : des domestiques bien nourris, bien vêtus et contents sont
un honneur pour une maison, une marque de prospérité et, de plus,
une condition de bon et fidèle service, car les mécontents peuvent s'en
aller quand il leur plaît, et s'ils restent ils n'en sont que plus dange-
reux. On leur donne en général de la bouillie de maïs le matin, deux
galettes de maïs à midi, deux galettes de maïs avec un plat de macaroni