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『東洋文庫所蔵』貴重書デジタルアーカイブ
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| 0261 |
Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2 |
| 1890-1895年の高地アジアにおける科学調査 : vol.2 |
引用情報
OCR読み取り結果
hommes les plus influents, les plus réputés pour leur science et leurs
vertus. Les médiocres lui plaisent davantage : ils sont plus souples et
moins dangereux. Les docteurs les plus zélés et les plus instruits sont
d'ailleurs peu tentés de briguer des places, car il leur faudrait faire trop
de concessions dans l'application de la loi. Le moufti de Khotan est obligé
par le caractère de son office d'être un homme instruit, cependant son
instruction n'est pas de premier ordre même pour le pays. Celui de
Kéria s'est à force de hâblerie et d'affectation d'austérité acquis un
renom de docteur éminent, mais il se ferait refuser à un examen de
l'École des langues orientales. Tous les kázis que j'ai vus étaient fort
ignorants. Lorsque le tao-t'aï de Kâchgar envoya en 1892 un plénipo-
tentiaire pour régler avec les Anglais la question du Pamir il eut grand'-
peine à trouver parmi le clergé de Kâchgar quelqu'un qui sût assez le
persan pour servir d'interprète. Le molla a'lam, qui fut enfin désigné,
ne fut pas toujours, si j'en crois ce qu'on m'a rapporté, à la hauteur de
sa tâche. Ce n'est pas que les docteurs non pourvus de fonctions
soient de remarquables savants. Je n'ai connu que deux mollas capa-
bles de comprendre le texte arabe du Koran. Un seul professeur de
médressé à Khotan connaît les commentaires arabes du Livre sacré et
peut les expliquer ; c'est, d'ailleurs, le pédant le plus mal élevé que
nous ayons jamais rencontré. Chez les musulmans la largeur d'es-
prit est trop souvent en raison inverse de la science et c'est sans doute
à l'ignorance généralement répandue dans le Turkestan que la popu-
lation de ce pays doit ses qualités de tolérance et de cordialité bienveil-
lante.
Les médressés ou collèges de théologie, véritables couvents, ont
fréquemment plus de professeurs que d'élèves ; dans les plus sérieux on
apprend le Coran par cœur sans l'entendre, on étudie le droit canon,
et l'on explique quelques livres persans faciles comme le Gulistan. La
plupart des médressés, qui sont nombreuses, sont moins des collèges que
des hôtelleries et des réfectoires de moines (cheikhs), dont le meuble
essentiel n'est point la bibliothèque, mais la grande marmite de fonte
autour de laquelle tout gravite. La valeur et la réputation s'en mesure
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