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0271 Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2
Scientific Mission to High Asia 1890-1895 : vol.2
Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2 / Page 271 (Color Image)

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doi: 10.20676/00000197
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le garde à la maison le temps nécessaire pour permettre aux parents
éloignés de venir et de faire les préparatifs de la cérémonie, soit de un
à trois jours. Les parents mâles l'accompagnent au cimetière, un bâton
à la main, une ceinture blanche autour de la taille et un bonnet blanc
sur la tête. Le blanc est la couleur du deuil, comme en Chine, au lieu
que dans le Turkestan occidental, c'est le bleu foncé. Au cimetière, on
abandonne le bâton et l'on conserve la ceinture et le bonnet. Les femmes,
vêtues d'un surplis blanc (kafan), vont seulement jusqu'à la mosquée voi-
sine, et, quelquefois assistées de pleureuses à gages, chantent une mélo-
pée plaintive, avec des accents de douleur profonde :

واى دادام بيكيت دادام ياخشى دادام‌واى انام چيرايليك قاراقاش
انام‌يزنى تاشلاب كيتنكيز بيز يالغوز قالدوق

O mon père ! mon vaillant père ! mon bon père ! — O ma mère ! ma
mère, belle aux sourcils noirs ! tu nous as abandonnés et nous sommes
restés seuls ! واى عاشقم, ô ma fleur ! mon fils ! واى كلم, ô mon amour !
mon mari ! Elles se livrent aux mêmes lamentations dans la maison en
se tirant les cheveux, se frappant la poitrine et s'égratignant le visage.
Les orthodoxes sévères blâment ces pratiques, qui sont en effet con-
damnées par la religion musulmane. La sépulture est creusée conformé-
ment à la tradition islamique ; le mort y est couché, la tête au nord
et non pas à l'ouest comme chez les Turcs et les Mongols païens par
adoration du soleil levant. Mais on enfonce un bâton dans le tertre
funéraire, du côté du chef, afin, disent les mollas rigoristes, que le
sable n'efface pas toute trace de la tombe. Cette explication rationaliste
n'a aucune valeur ; le bâton disparaît le plus souvent bien avant le
tertre lui-même, et les trous subsistent. Le peuple, moins soucieux
d'orthodoxie, prétend que ces trous servent à donner de l'air au mort,
qui, par conséquent, est considéré comme vivant dans son tombeau.
En réalité ces trous avaient primitivement pour but de faire parvenir
les aliments à la bouche du mort ; c'est ce que démontrent les usages