国立情報学研究所 - ディジタル・シルクロード・プロジェクト
『東洋文庫所蔵』貴重書デジタルアーカイブ
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| 0274 |
Mission Scientifique dans la Haute Asie 1890-1895 : vol.2 |
| 1890-1895年の高地アジアにおける科学調査 : vol.2 |
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OCR読み取り結果
celui du feu domestique, qu'aujourd'hui encore on prend soin, sans
savoir pourquoi, de ne pas laisser s'éteindre ; la maîtresse de maison
le couvre de cendres le soir et le ravive le matin au moyen d'une
branche de genévrier, arbrisseau qui a un caractère sacré chez les
Turcs de Sibérie, les Mongols et les Tibétains. Elle enflamme cette
branche et la promène ensuite de chambre en chambre afin de puri-
fier l'habitation. Si le feu de la cuisine — car il ne s'agit pas de n'im-
porte quel feu qu'on peut faire par hasard dans la maison — vient à
s'éteindre, on évite de le rallumer avec une allumette, on préfère em-
prunter des charbons au foyer du voisin. Ce feu était pour les anciens
Turcs comme pour les Indo-Européens l'âme toujours vivante des
ancêtres, la représentation visible en même temps que la divinité de la
famille. Lorsque les Kazak et les Kyrghyz offrent le sacrifice au foyer de
leur tente, ils l'invoquent en ces mots : Out ata, out ana ! ô feu, toi qui
es mon père ! ô flamme, toi qui es ma mère ! Dans les langues turques
outchâgh, foyer, et out, feu, ont également le sens de famille. Le chef
de famille est appelé out aghacy, le maître du feu. Outchâghymyz soun-
maçoun, puisse notre foyer ne point s'éteindre ! signifie : Puisse notre
race ne point périr, avoir jusqu'à la fin des siècles des descendants qui
entretiennent le feu sacré et la vie des mânes des aïeux ! Ce n'était
point une métaphore à l'origine.
La continuité nécessaire du feu domestique et du culte rendu aux
ancêtres étant assurée par le mariage qui en est la condition indispen-
sable, le mariage était, par suite, un des actes les plus importants de
cette ancienne religion. Si l'on fait abstraction de ce qui est purement
civil et de ce qui a été imposé par l'islamisme, on voit que les cérémo-
nies qui aujourd'hui entourent dans le Turkestan chinois l'union con-
jugale s'expliquent par le culte des ancêtres et du foyer et consistent
essentiellement à détacher une fille du culte paternel pour la rattacher
à celui de l'homme qui l'a choisie pour femme. Elles rappellent de très
près les formalités du mariage grec ou romain tout en étant conformes
aux vieilles coutumes turques comme à celles de la Chine. Elles se
divisent en trois actes : 1° le prétendant se rend avec ses amis à la
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